La France et l’Espagne entament un déconfinement différencié selon les régions : résumé de la semaine

Les Bordelais retrouvent le plaisir de flâner rue Sainte-Catherine, vendredi 15 mai, quatrième jour du déconfinement en France. Photo : Georges GOBET / AFP.

France

Début du déconfinement en France​. Lundi 11 mai, après cinquante-cinq jours de confinement, les Français ont commencé à sortir progressivement de chez eux. Si la crainte d’un rebond dans les services hospitaliers a été évitée, des restrictions ont été annoncées par le gouvernement. L’Île-de-France, les Hauts-de-France, la Bourgogne-Franche-Comté, le Grand-Est et Mayotte (lire ci-dessous) ont par ailleurs été classés en zone rouge. Ces cinq régions observent un nombre de cas lié à la Covid-19 plus important. Près de 27,2 millions de Français sont concernés. Ainsi, les collèges, parcs et jardins vont rester clos jusqu’à une évolution de la situation. Le lundi matin, malgré un début de service retardé sur la ligne 13 du métro parisien, entraînant un pic de fréquentation, les mesures sanitaires ont été globalement respectées dans les transports. Le lendemain, dans les départements les moins touchés par la pandémie, les écoles maternelles et élémentaires ont pu réouvrir. Avec des classes de 15 enfants maximum, les instituteurs doivent respecter un protocole sanitaire stricte et important. Dans le cadre de l’urgence sanitaire, les rassemblements de plus de dix personnes sont interdits, mais le Conseil constitutionnel s’est opposé à ce que cette mesure concerne les rassemblements au domicile personnel.

La loi d’urgence sanitaire adoptée mais retardée par un couac législatif. Lundi 11 mai, le texte prorogeant les mesures sanitaires de déconfinement n’est pas entré en vigueur comme prévu. Malgré l’adoption définitive de la loi samedi 9 mai, le Conseil constitutionnel n’a pas pu statuer à temps sur quatre saisines venues de l’opposition et du président de la République. Un décret a permis en urgence de réglementer notamment la fin des limitations de sorties, le port obligatoire du masque dans les transports en commun et la réouverture de certains commerces. La loi était cependant nécessaire pour limiter les déplacements à 100 kilomètres du domicile. Le 11 mai au soir, les Sages ont finalement validé le texte mais censuré deux dispositions. La mise en quarantaine obligatoire des personnes entrantes en France devra passer par un juge et l’accès au système de traçage des malades a été restreint. Depuis mercredi 13 mai, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) est en charge du contrôle de l’utilisation des données.

Risque d’embrasement épidémique à Mayotte. Depuis lundi 11 mai, Mayotte est le seul département français qui n’a pas entamé son processus de déconfinement. Le Premier ministre Édouard Philippe l’avait annoncé une semaine plus tôt, car la situation sanitaire liée à la covid-19 n’était pas stabilisée. Mayotte est le territoire ultra-marin le plus touché par la pandémie, 890 cas de coronavirus et onze décès y ont été relevés pour 270 000 habitants. Dominique Voynet, la directrice de l’Agence régionale de santé de Mayotte, a expliqué que des évacuations sanitaires ont lieux « tous les jours » vers La Réunion. Cela permet de désengorger un peu le département. Mayotte souffre d’être depuis des années un immense désert médical. L’Insee recense 18 médecins en ville pour 279 000 habitants. La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, a confirmé l’envoi d’une centaine de personnels médicaux pour venir en aide aux habitants.

Des politiques s’engagent pour le « jour d’après ». À la suite d’une consultation citoyenne, 66 parlementaires de tous bords ont proposé une trentaine de mesures pour transformer la société après la crise de la Covid-19. Emmenés par les ex-LREM Paula Forteza et Matthieu Orphelin, le marcheur Aurélien Taché et le candidat à la mairie de Paris Cédric Villani, les députés ont notamment proposé une revalorisation du salaire des soignants, l’élargissement du RSA aux 18-25 ans et un plan d’investissement de dix milliards d’euros pour la transition écologique. Jeudi 14 mai, plus de 150 personnalités de gauche ont publié une tribune pour réunir une « convention du monde commun » à l’issue de la crise sanitaire. L’économiste Thomas Piketty, le député écologiste Yannick Jadot (EELV) et le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, font partie des signataires. Ils ont appelé à l’alliance des écologistes de gauche car, ont-ils écrit, « cette période ne doit pas confisquer les espoirs de changement ».

Le parquet de Nanterre ouvre une enquête préliminaire après la mort d’un résident d’un Ehpad. Un résident de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Villa Beausoleil à Chaville, dans les Hauts-de-Seine, est décédé à 80 ans des suites du Covid-19. Un mois plus tard, le 24 avril, sa cousine a déposé plainte pour « homicide involontaire », « mise en danger de la vie d’autrui » et « non-assistance à personne en danger ». Suite à ce dépôt de plainte, le parquet de Nanterre a ouvert une enquête préliminaire. Elle fait suite à celle engagée par le parquet de Grasse après de multiples plaintes venant de familles de résidents décédés à l’Ehpad La Riviera de Mougins. Un collectif réunissant plusieurs familles endeuillés par la perte d’un proche résidant en Ehpad a d’ailleurs vu le jour début mai. Son nom : « Collectif 9 471… », en référence au nombre de morts recensés dans les Ephad le 5 mai 2020, jour de la création de l’association.

Déclaration polémique du laboratoire Sanofi : l’Elysée réagit. Paul Hudson, dirigeant du groupe pharmaceutique français Sanofi, a déclaré mercredi 13 mai qu’un éventuel vaccin contre la Covid-19 serait réservé en priorité aux Etats-Unis. Selon lui, le gouvernement américain aurait droit « aux plus grosses pré-commandes ». La raison ? Le ministère de la Santé étatsunien, via l’Autorité pour la recherche et le développement avancée dans le domaine biomédical (Barda), a aidé la recherche à hauteur de 30 millions de dollars. L’Elysée s’est dit « ému » par l’affaire et a ajouté que le vaccin doit être « un bien public mondial extrait des lois du marché ». Le président de la République, Emmanuel Macron, a prévu de recevoir rapidement les dirigeants du laboratoire Sanofi. L’hypothèse d’une nationalisation du laboratoire français avancée par certains n’est pas à l’ordre du jour.

Une prime de 1 500 euros pour les soignants. Une prime de 1 500 euros sera distribuée aux personnels soignants dans 40 départements. La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a précisé que « le président de la République a souhaité une reconnaissance envers ceux qui se sont mobilisés dans cette épidémie et qui continuent à le faire ». Les départements concernés sont ceux du nord et de l’est du pays, où se situent les régions les plus durement frappées par la Covid-19. En dehors de ces zones, les agents ayant travaillé dans les services covid des hôpitaux, hors zone rouge, percevront également la prime de 1 500 euros. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a affirmé que ces sommes seront payées « dès le mois de mai ».

 

Monde

Déconfinement tendu en Espagne​. L’Espagne, un des pays les plus touchés par la pandémie, a commencé la levée de certaines mesures par zone lundi 11 mai, comme en France. Madrid et Barcelone, les deux plus grandes villes du pays, ne sont pas concernées par cet allègement des restrictions. Le gouvernement central a refusé la demande de Madrid d’entrer en « phase 1 », alors qu’Isabel Díaz Ayuzi, la présidente de la Région, avait déjà promis aux Madrilènes la reprise des activités économiques. Cette dernière ne se satisfait pas des 16 milliards d’euros promis par l’État pour compenser les pertes. Elle a accusé le gouvernement de « pratiquer l’opacité ». Le déconfinement a donc remis de l’huile sur le feu dans une période où les tensions sont déjà grandes entre les Régions et l’État.

 

Maroc : l’état d’urgence prolongé jusqu’au 20 mai. Dès le 15 mars, le royaume a déclaré l’état d’urgence sanitaire et fermé ses frontières, avant d’annoncer, le 19 mars, un programme d’aides sociales pour les plus démunis. Dans ce plan, rien n’a été prévu pour les migrants et les immigrés subsahariens vivant dans le pays, qui souffrent de la perte de leurs revenus. Cette population survit difficilement, malgré quelques élans de solidarité. Le Maroc compterait environ 20 000 immigrés, dont la plupart travaillent dans le secteur informel.

L’Algérie prolonge le confinement jusqu’au 29 mai. Le gouvernement algérien a annoncé mardi 12 mai que le déconfinement ne commencerait pas avant la fin du ramadan. Cette décision n’a pas découragé le hirak d’arrêter son action. Le mouvement, amorcé en février 2019, est à nouveau descendu dans les rues de Tizi Gheniff, commune à l’est d’Alger, dimanche 10 mai. Les manifestations étaient suspendues depuis mi-mars, à cause du Coronavirus. Munis de masques, ils ont bravé l’interdiction de rassemblement pour soutenir cinq membres du mouvement convoqués par la police.

L’Inde décide d’un plan de relance massif. Narendra Modi, le Premier ministre indien, a dévoilé mardi 12 mai un gigantesque projet de relance économique. Avec environ 250 milliards d’euros (20 000 milliards de roupies) d’investissement, le géant indien entend rebondir après la crise du coronavirus. Pour le nationaliste Narendra Modi, il s’agit aussi d’une occasion de promouvoir « l’autosuffisance » du pays, avec des « chaînes d’approvisionnement locales ». Ce plan devrait s’adresser en priorité aux paysans fragilisés par la crise ainsi qu’aux ouvriers modestes et à la classe moyenne, très touchés par le chômage après le confinement décidé en mars. Dans une Inde de plus d’1,3 milliards d’habitants, le virus a déjà fait au moins 2 000 morts, mais les bilans quotidiens s’alourdissent et le pic de victimes n’est attendu qu’en juin.

 

Les Libanais de nouveau confinés pour quatre jours. Les Libanais ont été appelés à se reconfiner, du 13 au 17 mai. Ce retournement de situation est lié à la hausse du nombre de personnes testées positives. Selon Hassan Diab, le Premier ministre libanais, « 109 nouveaux cas ont été enregistrés en quatre jours ». Depuis le début de la pandémie du Covid-19, sur 878 personnes contaminées, 26 en sont décédées. Le gouvernement libanais a pointé un « relâchement dans certaines régions » et « la négligence et l’irresponsabilité de certains citoyens ». Depuis le 27 avril, la population était en déconfinement progressif avec un « assouplissement » des mesures gouvernementales. Dès lors, depuis mercredi 13 mai, les secteurs de la santé, alimentaires, agricoles et industriels sont les seuls autorisés à rester ouverts. Par ailleurs, cette crise sanitaire nourrit la colère des habitants. Les Libanais font face à une des crises économiques les plus importantes de l’histoire du pays.

Nouveau foyer à Wuhan. Le point de départ de l’épidémie mondiale de coronavirus, Wuhan, était épargné depuis le 3 avril. Mais un nouveau cas a été détecté dimanche 10 mai et plusieurs autres personnes ont été testées positives depuis. Alors que la province chinoise était déconfinée depuis plus d’un mois, l’apparition de ce nouveau foyer a inquiété les autorités locales. Ces dernières craignent une seconde vague et ont déjà pris des mesures pour l’éviter. Elles veulent tester toute la population de Wuhan, soit 11 millions de personnes. Le recensement a déjà commencé.

Décès liés au Covid-19 : nouveau record au Brésil. Mardi 12 mai, 881 Brésiliens sont décédés du Covid-19. Nouveau record pour ce pays d’Amérique du Sud qui totalisait, vendredi 15 mai, plus de 12 400 morts. Le président d’extrême-droite, Jair Bolsonaro, est hostile à toutes mesures de confinement et de mise en quarantaine. Il invite les habitants à retrouver leur vie et les commerces à réouvrir. Pourtant, selon un sondage publié mardi 12 mai, près de 67,3 % des sondés sont favorables à un confinement. Quant à sa politique globale, celui que l’on surnomme « Le Trump des tropiques » a vu sa cote de popularité baisser. Près de 55,4 % des Brésiliens rejettent sa gestion du pays. Par ailleurs, des chercheurs brésiliens ont réalisé une étude selon laquelle nombre de contaminations « serait à 1,6 million (…) à la date du 4 mai, un nombre quinze fois supérieur au chiffre officiel qui était ce jour-là de 107 780 », d’après l’AFP.

 

 

TELEX

Monde. Au Burkina Faso, 12 détenus accusés de terrorisme ont été retrouvés morts dans leurs cellules. En Afghanistan, une attaque contre un hôpital de Kaboul soutenu par MSF a fait 14 morts. Le Soudan a annoncé qu’il refusait la proposition d’accord de l’Ethiopie concernant les négociations de barrage sur le Nil. Washington a ajouté Cuba à la liste noire américaine, regroupant les pays qui ne luttent pas contre le terrorisme. Un nouvel accord sur le Brexit prévoit des contrôles douaniers en Irlande du Nord. Depuis le 2 mai, l’ambassadeur de France au Venezuela est privé d’eau et d’électricité, la tension monte avec la France◊◊◊ France. Cédric Herrou, symbole de l’aide aux migrants a été relaxé par la cour d’appel de Lyon en raison du principe de fraternité. La loi Avia, loi visant à lutter contre la haine sur internet, a été définitivement adoptée par l’Assemblée nationale malgré les controverses. Laetitia Avia, députée LREM porteuse de la loi éponyme, a été au cœur d’une polémique pour avoir tenu des propos racistes, homophobes et sexistes◊◊◊ Loisirs. Didier Gailhaguet, mis en cause en février 2020 dans l’affaire Sarah Abitbol, refuse de quitter le Comité National Olympique. Le procureur Lauber, en charge des enquêtes contre la FIFA, est convoqué par les parlementaires suisses et risque la révocation. L’eurovision 2020 a été annulée, mais le show sera assuré en version confinée : des intelligences artificielles assureront la soirée.

Et parce que l’info sans corona existe toutes les semaines, voici le podcast de revue de presse de l’actualité détoxifiée, réalisé par quatre étudiants de l’EPJT. « À part le corona, il se passe quoi ? » est à écouter en direct sur les ondes de Prun 92 FM, à Nantes, et sur Radio Campus Tours. Pour écouter le dernier podcast, cliquez ici.

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