JEAN-LUC MELENCHON

« Un agriculteur se suicide tous les deux jours »

Alors que le salon de l’agriculture débutait, Jean-Luc Mélenchon, candidat “La France insoumise” à la présidentielle, a affirmé durant un meeting, le 25 février, qu’un agriculteur se suicide en France tous les deux jours. Une affirmation vraie, selon les derniers chiffres de l’Agence nationale de santé publique, qui datent de 2010 et 2011.

 

LE CONTEXTE

Durant un discours donné à l’occasion de la journée de l’Écologie de la France insoumise, au parc floral de Paris, samedi 25 février, jour d’ouverture du salon de l’agriculture, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé le modèle de l’agriculture intensive et les conditions de vie des agriculteurs. « Le nombre d’exploitations fermées est vertigineux et ceux qui restent sont tellement endettés, à l’exception de quelques uns des plus gros, des plus importants, qui mènent une vie qui est un tracas permanent et souvent sans perspective. Au point qu’il se suicide un paysan tous les deux jours dans une indifférence et un silence glaçant », a-t-il déploré.

 

L’EXPLICATION

La dernière étude sur le nombre de suicides chez les agriculteurs date du 5 octobre 2016 et porte sur les années 2010 et 2011. Le rapport de l’Agence nationale de santé publique dénombre 166 suicides d’agriculteurs en 2010 (138 hommes et 28 femmes), contre 130 en 2011 (115 hommes et 15 femmes). Cela correspond à 148 suicides d’agriculteurs en moyenne par an sur ces deux années. Le candidat “La France insoumise” est donc proche de la réalité en disant qu’il y a un suicide d’agriculteur tous les jours, même s’il surestime un peu les chiffres.

En 2010, il apparaît que le taux de suicide parmi les hommes agriculteurs exploitants était supérieur de 20 % par rapport à la population générale française d’âge égal. Cet excès de mortalité par suicide était notamment visible dans le secteur d’élevage bovins-lait et touchait surtout les hommes âgés de 45 à 54 ans. Cette surmortalité était encore plus importante en 2008 et 2009. L’étude menée par l’agence sur ces deux années et publiée en 2013 soulignait que la surmortalité (par rapport à la population d’âge égal) était chez les hommes agriculteurs exploitants de +28 % en 2008 et de +22 % en 2009. 

Cependant, en 2011, contrairement aux années précédentes, l’agence ne remarque aucun « excès statistiquement significatif de mortalité par suicide n’a été observé chez les hommes agriculteurs exploitants en comparaison avec la population générale et aucun secteur d’activité ne présentait de surmortalité par suicide ».

Au moment de cette étude, le contexte économique est tendu, suite à la crise économique de 2008, mais l’agence précise que l’on ne peut expliquer ce taux de suicide élevé uniquement en raison de difficultés économiques. Le rapport met également en cause les difficiles conditions de travail des agriculteurs. Ces derniers seraient éprouvés par de fortes contraintes physiques, de larges amplitudes horaires, une dépendance aux fluctuations des politiques publiques européennes, des contraintes environnementales et climatiques, ainsi que des événements sanitaires. « Toutes ces contraintes professionnelles peuvent avoir des répercussions indéniables sur l’équilibre personnel des travailleurs agricoles », avance l’agence. Elle invoque en outre « un important isolement professionnel et social également rapporté comme facteur de risque de suicide ».

Il faut toutefois rappeler que cette étude porte sur les années 2010 et 2011 et que la situation a pu évoluer depuis. On peut néanmoins douter que la situation se soit améliorée. Effondrement des prix du lait, chute de la production de céréales en raison de mauvaises conditions climatiques, baisse des cours, abattage de canards dans le Sud-Ouest pour cause de grippe aviaire… La crise agricole et la détresse des agriculteurs ne font aucun doute. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2015, 30 % d’agriculteurs déclaraient des revenus mensuels équivalents à 354 euros ou moins, contre 18 % en 2014, d’après un rapport de la Mutualité sociale agricole (MSA). 


De plus, la plateforme téléphonique de prévention des suicides Agri’écoutes a reçu 1 700 appels au premier semestre 2016, soit une moyenne de 285 appels par mois. L’année précédente, à la même période, la cellule d’écoute en recevait une centaine. La raison de ces appels : « les soucis et problèmes financiers tel que l’isolement géographique ou relationnel des adhérents agriculteurs », précise la MSA dans son rapport.

Contrairement à Benoît Hamon qui avait affirmé lors du débat du second tour de la primaire du PS qu’on comptait « 300 suicides par an chez les agriculteurs », Jean-Luc Mélenchon est donc proche de la réalité : près d’un agriculteur se suicide en France tous les deux jours.

Chloé Marriault

Les sources à consulter

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