FRÉDÉRIQUE VIDAL

« L’unanimité du groupe LR [à l’Assemblée nationale] était favorable au maintien de l’état d’urgence »

La ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal, a affirmé, vendredi 11 mai 2018, que « 30 % de ceux qui entrent à l’université ont disparu des bancs de l’université avant Noël, 30% échouent et seulement 30% réussissent ». C’est imprécis si l’on se fie aux derniers chiffres publiés par son ministère.

LE CONTEXTE

En pleine tourmente liée aux blocages des universités, Frédérique Vidal, a répondu aux questions d’Audrey Crespo-Mara, journaliste de LCI, vendredi 11 mai 2018. Alors que plusieurs facultés étaient sous tension au moment de cette interview, la ministre de l’Enseignement supérieur a tenté de justifier la réforme voulue par le gouvernement Philippe. La ministre a défendu un projet qui vise, selon elle, un meilleur taux de réussite que celui rencontré actuellement : « L’idée c’est de mieux prendre en compte ce qu’est l’étudiant au moment où il arrive, pour l’aider à réussir. Actuellement, on ne demande rien à personne et 30% de ceux qui entrent à l’université ont disparu des bancs de l’université avant Noël, 30% échouent et seulement 30% réussissent ». Et de rappeler que ces perturbations ont d’ailleurs engendré « un coût élevé de l’ordre d’un million d’euros et plus selon les premières estimations ».  

L’EXPLICATION

Mobilisés depuis le mois de février 2018, les étudiants des universités et de quelques lycées français manifestent contre la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE), votée en première lecture à l’Assemblée nationale en décembre 2017. L’objectif du texte, adopté au Parlement le 15 février 2018, est de modifier les conditions d’accès à l’université afin de la « désengorger ». En effet, d’après les derniers chiffres de l’Insee publiés en 2016, la France comptait près de 2 500 000 étudiants à la rentrée 2014-2015, effectif jamais atteint jusqu’à présent et qui est amené à croître d’ici les prochaines années.

La loi prévoit une sélection sur dossier pour les filières saturées qui procédaient, jusqu’alors, à un tirage au sort. Elle-même ancienne maître de conférences et diplômée de l’université de Nice-Sophia-Antipolis, Frédérique Vidal soutient une réforme qui vise à « placer la réussite des étudiants au cœur de notre système d’enseignement supérieur ».

Pour consolider son discours, la ministre cherche à s’appuyer sur les chiffres des taux de réussite à l’université dans le système actuel. Pourtant, ses calculs manquent de précision. Tout dépend en effet de ce que l’on observe : les taux de réussite en première année, les taux d’obtention d’une licence (donc à l’issue de la troisième année) ou d’un autre diplôme.

Or, d’après sa déclaration, on comprend que la ministre évoque le premier cas de figure. « 30 % de ceux qui entrent à l’université ont disparu des bancs de l’université avant Noël », sont bien les néo-bacheliers qui entament leur première année en faculté. Difficile de savoir précisément la date de l’abandon des études supérieures pour ces étudiants. Le seul chiffre mis à disposition par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’innovation, dans une note de synthèse est le suivant : 27,8 %. C’est le taux de sortie sans diplôme de l’université pour des étudiants de L1, toutes filières confondues, pour l’année 2015-2016. Par ailleurs, la ministre a sous-évalué l’effectif des étudiants ayant réussi leur passage en deuxième année. 41,6 % des étudiants passent en L2 pour cette même année universitaire contre 30%, comme elle l’affirmait. Enfin, 28,3 % redoublent et 2,3% changent d’orientation, c’est presque 30 % qui échouent comme l’annonçait madame Vidal. Additionnés, ces taux donnent un total de 100 % contrairement aux estimations, approximatives, de la ministre, qui avoisinent les 90 %.

 

Clotilde Costil

Les sources à consulter

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