CHRISTOPHE CASTANER

« 60 % des auteurs d’attentats ces dernières années ne sont pas fichés S et ne sont pas des ressortissants étrangers »

Suite à l’attentat survenu dans l’Aude, samedi 24 mars 2018, le Front national a réitéré sa volonté d’expulser les fichés S. Une mesure à laquelle Christophe Castaner s’oppose. Appelant à éviter les amalgames sur ce sujet, le délégué général de La République en Marche a souligné que « 60% des auteurs d’attentats ces dernières années ne sont pas fichés S et ne sont pas des ressortissants étrangers ». C’est faux, si l’on analyse les profils des individus impliqués dans des attentats terroristes depuis 2012.

LE CONTEXTE

Interrogé au sujet de la lutte contre le terrorisme par David Doukhan dans « Le Grand Rendez-vous  » d’Europe 1, dimanche 25 mars 2018, Christophe Castaner, a estimé que l’expulsion des fichés S constituerait une « violation des fondamentaux du droit en France ». Par ailleurs, le délégué général LREM affirme que cette mesure n’aurait « aucun sens », puisque « 60 % des auteurs d’attentats ces dernières années ne sont pas fichés S et ne sont pas ressortissants étrangers ».

L’EXPLICATION

Sur les six dernières années en France, de Mohamed Merah, l’auteur des tueries de Toulouse et Montauban de mars 2012, à Radouane Ladkim, responsable de l’attentat dans l’Aude de mars 2018, 31 personnes ont été impliquées dans un projet d’attentat terroriste. Si l’on se penche sur cette proportion, 12 d’entre elles ont pas fait l’objet d’une fiche S, soit 41 % et 18 possédaient la nationalité française, soit 58 %.

 

 

D’après une étude de l’Institut français des relations internationales (IFRI) à paraître en avril 2018, qui a analysé les profils de 137 individus condamnés en France dans des affaires de djihadisme, 69 % d’entre eux ont la nationalité française. Cette étude ne révèle pas la part de fichés S ; tout juste indique-t-elle que 40 % de ces individus possédaient des antécédents judiciaires.

Pour rappel, la fiche S est un outil à destination des services de renseignements. Ce fichier, alimenté par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), liste des individus à l’idéologie extrême, susceptibles de constituer une menace. Les personnes suspectées d’être en lien avec la mouvance terroriste ne sont donc pas les seules à y être répertoriées. On y trouve aussi certains hooligans, zadistes et activistes politiques issus de l’ultra-gauche ou de l’extrême droite.

Dans la mesure où le rôle de la fiche S se limite à attirer l’attention sur la menace potentielle de ces individus, elle n’entraîne aucune action automatique de la part de la justice. C’est pourquoi Christophe Castaner considère que l’expulsion des fichés S poserait un problème juridique.

Reste que le délégué général de LREM se trompe lorsqu’il affirme que « 60 % des auteurs d’attentats ces dernières années ne sont pas fichés S et ne sont pas des ressortissants étrangers ». La proportion des auteurs d’attentats qui disposent de la nationalité française est légèrement inférieure à 60 % ; tout comme la proportion de fichés S parmi les 31 personnes récemment impliquées dans un projet d’attentat terroriste en France.

Margaux Deuley

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