MARINE LE PEN

« [À Mayotte], plus de la moitié de la population est étrangère, dont 80 % de clandestins »

Appelée à confirmer le candidat qu’elle soutient aux législatives partielles du 25 mars 2018, Marine Le Pen a tenu à souligner la situation difficile qui règne sur le département de Mayotte. La députée Front national a exagéré sur l’importance des migrations lorsqu’elle affirme que « plus de la moitié de la population est étrangère, dont 80 % de clandestins ».

LE CONTEXTE

Invitée de la matinale de France Info, le 23 mars 2018, Marine Le Pen a été invitée à réagir sur la situation à Mayotte. L’archipel de l’Océan indien connaît en effet de fortes tensions depuis plusieurs semaines alors qu’elle s’apprête à organiser des élections législatives partielles le 25 mars. La députée et présidente du Front nationale a alors affirmé que « plus de la moitié de la population [mahoraise] est étrangère ». Elle a ajouté que 80 % de ces insulaires d’origine étrangère étaient des clandestins, cause, selon elle, de l’insécurité qui touche le département français.

L’EXPLICATION

Géré par la France depuis 1841, l’archipel de Mayotte, situé entre Madagascar et le continent africain, est touché par une immigration importante depuis plusieurs années. L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), chargé notamment du recensement de la population en France, s’est ainsi intéressé à ce sujet. En se basant sur des données de 2015, l’institut a rendu public une étude intitulée « Migrations, natalités et solidarités familiales. La société de Mayotte en pleine mutation » en mars 2017.

Selon les chiffres du rapport, en 2015, 41 % de la population adulte résidant dans le département d’outre-mer était de nationalité étrangère, ce qui en fait le record français, devant la Guyane. L’étude ne prend toutefois pas en compte les mineurs dans les statistiques.

L’erreur de Marine Le Pen pourrait en réalité venir d’une ambiguïté. En effet, l’Insee souligne également qu’ « un peu plus de la moitié des adultes de 18 à 79 ans résidant à Mayotte en 2015 n’y sont pas nés », parmi lesquels se trouve une forte proportion de personnes venues des Comores voisins (42 %). Néanmoins, parler de population « étrangère », comme l’a fait la député frontiste, revient avant tout à désigner les personnes n’ayant pas la nationalité française plutôt que celles qui ont la nationalité française mais sont d’origine étrangère.

Par ailleurs, parmi les 41 % de personnes qui vivent à Mayotte sans avoir la nationalité française, l’Insee estime que seule la moitié d’entre elles est en situation irrégulière. Par conséquent, la part de « clandestins » parmi les personnes n’ayant pas la nationalité française n’est que d’environ 50 % et non pas 80 %. La députée et présidente du Front national a donc exagéré la proportion d’habitants de Mayotte n’ayant pas la nationalité française tout comme celle de personnes en situation irrégulière.

Corentin Lacoste

La source à consulter

  • Insee, « Migrations, natalités et solidarités familiales », La société de Mayotte en pleine mutation, 10 mars 2017

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