NICOLAS BAY

« [Au FN], on n’a jamais été, au cours des dernières années, confronté au [harcèlement sexuel] »

Le vice-président du Front national, Nicolas Bay, a affirmé que son parti ne connaissait pas de problème de harcèlement sexuel. Pourtant, au FN comme dans d’autres partis politiques, des accusations ont été portées contre plusieurs de ses membres.

LE CONTEXTE

Dans un entretien accordé à Europe 1 dimanche 10 décembre 2017, Nicolas Bay a répondu aux questions du journaliste David Doukhan sur les dispositifs mis en place par le Front national pour lutter contre le harcèlement sexuel. D’après le vice-président du FN, de telles mesures n’existent pas au sein du parti puisqu’il « n’a jamais été confronté à ce genre de difficultés ». Une affirmation inexacte au vue des témoignages de victimes qui se multiplient depuis l’éclatement de l’affaire Weinstein en octobre 2017.

L’EXPLICATION

S’il est vrai, comme le dit le numéro deux du parti, qu’aucune initiative n’a été prise pour écouter ou aider les victimes de harcèlement sexuel, le Front national a bien été impliqué dans ce genre d’affaires. Les premières révélations sont apparues dès le début du mois de novembre dans les colonnes du Monde. Le quotidien a rapporté les dénonciations de deux femmes qui affirment avoir subi des actes de violences et d’intimidation par des membres du parti d’extrême droite. L’une d’elles, Aurélie Cournet, conseillère régionale d’Île-de-France, a signalé les agissements de son collègue, Pierre-Charles Cherrier. Dans un mail adressé à Marine Le Pen le 7 septembre 2017, elle dénonce une série d’agressions : « Il m’a arraché ma robe puis m’a giflée et m’a ensuite poussée violemment contre le mur où je me suis écroulée par terre. » Aurélie Courtet a confirmé à Factoscope qu’une « plainte a bien été déposée et que l’affaire est en cours ».

Dans une enquête de l’émission C Politique diffusée le 12 novembre 2017, deux autres témoignages à visage découvert ont mis au jour de nouveaux faits de violence. Mickaël Ehrminger et Alexandre Benoît, tous les deux assistants parlementaires au Front national, ont signalé avoir subi des actes de harcèlement sexuel de la part d’un député du parti. Alexandre Benoit, explique à propos de ces agressions : « Comme toujours, tout le monde sait et personne ne dit rien. Les mains sur les épaules, les massages (…) Moi, personnellement, ça a été plusieurs fois des mains sur les fesses et j’ai dit stop à un moment ».   

D’après l’auteur de l’enquête du Monde, Olivier Faye, « certains cadres racontent sous la condition de l’anonymat qu’ils ont eu à gérer des cas de harcèlement ». Pour lui, il est évident que le FN a bien été « confronté à ce genre de difficultés, qu’il y ait eu ou non condamnation judiciaire ». Dans le cercle proche de Marine Le Pen, on dément tout fait de harcèlement au sein du parti comme Alain Vizier, directeur de la communication du Front national : « Il n’y a pas de cellule, ça n’existe pas. Ce sont encore de fausses informations, des fakes news. » D’après lui, les accusations sont d’autant plus mensongères qu’elles émanent d’individus proches de Florian Philippot : « Ils font désormais partis du mouvement Les Patriotes, comme par hasard. »

En conclusion, bien qu’il n’y ait pas eu de condamnation effective, le Front national reste à ce jour mis en cause dans des affaires de harcèlement sexuel portées devant la justice.

Clotilde Costil

Les sources à consulter

  • Le Monde : « Au Front national, des femmes menacées, une direction sourde »
  • C Politique : « Harcèlement en politique : la fin d’une omerta ? »

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