ALEXIS CORBIÈRE

« [Avant une réunion du « Grand débat national »], il faut poser [sa] question au préfet […] qui la choisit. Tout le monde ne prend pas la parole comme ça »

Alexis Corbière, député FI de Seine-Saint-Denis, affirme que les préfets choisissent les questions posées au gouvernement, lors des réunions locales du « Grand débat national ». C’est faux.

LE CONTEXTE

Dans le cadre du « Grand débat national ». Emmanuel Macron s’est rendu, jeudi 14 février 2019, dans l’Indre pour rencontrer une cinquantaine de chefs d’entreprises et d’entrepreneurs. Suite à ce septième déplacement du président de la République, Alexis Corbière, député France insoumise de Seine-Saint-Denis, s’est exprimé sur le sujet dans l’émission d’Europe 1, « Le grand journal du soir », lundi 11 février 2019. Il a affirmé : « Il faut poser la question au préfet, qui retient la question, qui la choisit. Tout le monde ne prend pas la parole comme ça. »

L’EXPLICATION

Dans le cadre du « Grand débat national », le président de la République a par exemple, rencontré 600 maires d’Occitanie, vendredi 18 janvier, à Souillac dans le Lot, des maires de banlieue parisienne à Evry-Courcouronnes dans l’Essonne, lundi 4 février ou encore des lycéens à Autun, en Saône-et-Loire, le jeudi 7 février 2019. Mais de nombreuses réunions ont aussi lieu dans toute la France, sans pour autant faire l’objet d’une visite d’Emmanuel Macron et de son équipe.

D’après le service presse de l’Elysée, il est conseillé aux organisateurs (citoyens, élus, institutions, organisations) de centrer leurs débats sur un ou deux thèmes proposés par le gouvernement. Parmi eux : la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’État et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté. Ces thèmes permettent aux organisateurs de lancer le débat mais aussi, parfois, de recadrer la discussion.

Thèmes proposés et listes d’interlocuteurs

En revanche, le débat peut aussi glisser vers d’autres thèmes non prévus. Dans ce cas, ces propositions figureront dans la synthèse globale, élaborée par les organisateurs, mais elles ne seront pas forcément prises en compte par le gouvernement.

Comme il est écrit dans la  charte du « Grand débat » : « toute personne peut s’exprimer librement […] sous réserve de respecter la présente Charte ». Les propos injurieux, offensants, contraires à la loi, les messages publicitaires, le prosélytisme sont prohibés dans ces réunions.

Ainsi, lorsque le président de la République se déplace pour assister à ces réunions d’initiatives locales, selon le service presse du gouvernement contacté par FactoScope, « le déplacement est programmé mais rien n’est préparé en amont pour savoir quelles questions seront posées au président de la République ».

En effet, si les médias reçoivent, par l’Elysée, le déroulé des prises de paroles des élus pour le début de la réunion, le gouvernement réserve ensuite un temps de parole libre. C’est ce que montre l’un des communiqués de presse. Il est mentionné que « la parole est libre, et si, durant le débat, des questions ou sujets émergent, le micro sera donné ».

Pas de droit de regard des préfets

Le gouvernement assure que les préfectures savent quand et où ont lieu les réunions locales pour des raisons de sécurité et de logistique. Mais elles n’ont aucun droit de regard sur les questions que les citoyens veulent poser. « Les questions sont libres et le président de la République y répond librement », soutient à FactoScope le service presse du « Grand débat ».

Les préfectures du Lot et de la Saône-et-Loire, des départements où Emmanuel Macron s’est rendu récemment, l’affirment également. « Les élus sont revenus sur des points précis proches de leur quotidien et Emmanuel Macron l’a anticipé. Il s’est préparé sur des questions relatives à la ruralité », explique le service communication de la préfecture de Saône-et-Loire.

La préfecture du Lot dit n’avoir reçu « aucune indication de la part du gouvernement » par rapport aux questions posées pendant les réunions. « Les étudiants ont travaillé avec leurs professeurs pour élaborer des questions mais nous n’avons rien reçu de leur part », détaille son service de communication.

L’affirmation d’Alexis Corbière est donc fausse. D’après l’État, aucun contrôle n’est exercé pour connaître les questions en amont, qu’Emmanuel Macron soit présent ou non. Seuls les thèmes et l’ordre de passage des interlocuteurs sont parfois programmés à l’avance. Alexis Corbière n’a d’ailleurs pas souhaité nous dire sur quelles informations il fondait son affirmation.

Tiffany Fillon

Les sources à consulter

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