FLORENCE PARLY

« Depuis la fin de la guerre froide, nos armées avaient moins de moyens et plus d’interventions »

La ministre des Armées est revenue sur l’évolution du budget et des dépenses de l’armée au cours de ces 25 dernières années. Selon elle, la Défense doit faire face à des coupes budgétaires alors que les opérations extérieures se multiplient. Une déclaration qui manque de précision.

LE CONTEXTE

À l’occasion du lancement du texte de programmation militaire qui prévoit le budget de l’Armée entre 2019 et 2025, la ministre des Armées, Florence Parly s’est employée à défendre cette loi. Elle était, le 20 janvier 2019, l’invitée de « Questions Politiques » sur France Inter. La ministre a ainsi pu justifier les 295 milliards d’euros alloués à son ministère au cours des 6 prochaines années. À l’heure où la guerre prend de nouvelles formes et notamment numériques, l’Armée française doit pouvoir se mettre au niveau des autres puissances pour parer à toute éventualité. En prenant en exemple une attaque de hackers russes en 2017, la ministre a tenu à rappeler l’importance de cette hausse budgétaire afin d’assurer la sécurité des données françaises. D’autre part, Florence Parly a dressé le bilan des finances de l’Armée pour appuyer son propos. « Depuis la fin de la guerre froide, nos armées étaient prises dans un effet de ciseaux entre moins de moyens et plus d’interventions », a-t-elle déclaré.

L’EXPLICATION

À la chute du bloc soviétique, en 1991, les tensions géopolitiques se sont quelque peu apaisées autour du monde. Dans ce contexte, les dépenses militaires n’étaient plus réellement une priorité pour la France. Alors qu’en 1991, le budget de l’Armée était de 58,47 milliards de dollars selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute), il a commencé à infléchir fortement. Il a atteint son niveau le plus bas à l’exercice 2001 avec 50 718 millions de dollars. Mais par la suite, ce budget est fortement remonté grâce notamment à plusieurs plans de relance mis en place par les gouvernements successifs. L’après 11 septembre 2001 marque un regain de l’activité militaire française et internationale.

Le budget alloué aux armées a certes connu quelques fluctuations mais n’est jamais descendu en dessous des 50 718 millions de dollars de 2001. Comme l’exprime le graphique ci-dessous, les moyens ont considérablement remonté pour arriver, en 2018, à 57 770 millions de dollars, soit quasiment le même montant qu’à la fin de la guerre froide.

Source : SIPRI ; Infographie : Romain Bizeul

La ministre des Armées n’a cependant pas totalement tort. En prenant comme indicateur la part du PIB (Produit Intérieur Brut) que représente le budget de la défense, un déclin des moyens est en effet perceptible. Un rapport du Sénat de 2013 intitulé « 2 pour cent du PIB : les moyens de la défense nationale » retrace la courbe de cette donnée (voir ci-dessous). Si le PIB de la France augmente, le budget militaire stagne, d’où cette baisse. De cette manière, nous pouvons observer que si l’intérêt militaire est en déclin progressif, les moyens réels alloués aux armées sont, eux, fortement repartis ces dernières années, pour arriver à une situation quasi-similaire qu’en 1991.

Source : Sénat

Pour ce qui est des opérations militaires, là encore, les propos de Florence Parly ne sont pas exacts. La France mène depuis les années 2000, beaucoup moins d’opérations extérieures qu’avant.

Ces opérations n’ont cependant pas la même importance, ni le même coût. À l’instar de l’opération Oside aux Comores en 1989, beaucoup d’opérations de l’époque ne représentaient que quelques semaines sur le terrain. C’est à présent différent, l’exemple de l’opération Barkhane est très parlant. Cette intervention de l’armée française au Sahel visant à combattre les groupes djihadistes de la région dure depuis 2014 et n’est pas prête de terminer.

La hausse du budget ne compense pas celle des dépenses

Philippe Chapleau, journaliste spécialisé dans les questions de défense et co-auteur du Dictionnaire des opérations extérieures de l’Armée française, de 1963 à nos jours considère que le coût des opérations militaires s’est décuplé ces dernières années. « Avant, les opérations rapides en Afrique ne coûtaient presque rien car les troupes étaient déjà sur place. À présent, les opérations sont plus longues, on utilise des forces aériennes et navales, ce qui coûte bien plus cher », explique-t-il.

Les opérations internationales de maintien de la paix sont également une source de dépense de l’Armée française. Même si ces opérations sont indemnisées par l’ONU, cette redevance ne couvre pas tous les frais pour des soldats français. Du fait de leurs salaires et de leurs équipements onéreux, la France ne récupère pas tout ce qu’elle investit dans ces opérations. À l’inverse, de nombreuses armées coûtent moins cher à leur état que ce qu’indemnise l’ONU.

C’est en fait le rapport entre la hausse du budget et la hausse des dépenses qui serait défavorable au ministère des Armées. À force de volontés gouvernementales, l’Armée française a pu récupérer ses moyens d’antan mais tout en sachant que ses dépenses ont augmenté largement. En vue de s’équiper face aux défis des « cyber-guerres », 1,7 milliard d’euros d’augmentation annuelle est prévu jusqu’à 2025. L’affirmation de Florence Parly, au sens premier du terme est donc fausse mais difficile de lui donner tort car la différence entre budget et dépenses s’est tout de même accrue ces dernières années.

Romain Bizeul

Les sources à consulter

  • Sénat.fr : « Un rapport du Sénat de 2013 intitulé « 2 pour cent du PIB : les moyens de la défense nationale ». »
  • SIPRI.org : « Le budget de l’armée était de 58,47 milliards de dollars.  »

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