STÉPHANE TRAVERT

« En 2018, le budget du ministère de l’Agriculture met un accent particulier sur la sécurité sanitaire »

Le ministre de l’Agriculture a affirmé qu’en 2018, de plus grands moyens financiers seraient consacrés à la question sanitaire. Parmi les lignes budgétaires établies par le ministère, la sécurité sanitaire est celle qui a obtenu la plus grosse augmentation depuis 2017.

LE CONTEXTE

Après que des traces de salmonelle ont été retrouvées dans le lait produit par la société Lactalis, Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, est invité sur RTL le vendredi 12 janvier 2018 pour s’exprimer sur ce scandale. La journaliste Élizabeth Martichoux mentionne la suppression de postes d’agents de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, sous-entendant que l’État pourrait être responsable. Le ministre, lui, rejette la faute sur Lactalis et ses distributeurs, et dément cette suppression de postes. Il soutient : « Il n’y a pas de défaillance de l’État. » Et poursuit : « Dans le budget que j’ai proposé, en ce qui me concerne, au ministère de l’Agriculture, notamment sur les services vétérinaires, nous avons souhaité mettre un accent particulier sur la sécurité sanitaire. »

L’EXPLICATION

Pour 2018, l’État a alloué 5,23 milliards d’euros à l’agriculture et à l’enseignement agricole. Un budget en hausse de 1,6 % par rapport à 2017 selon le ministère de l’Agriculture. Il s’élevait en effet à 5,12 milliards d’euros. Il est donc naturel que les budgets alloués à chacun des domaines gérés par le ministère aient augmenté.
Par rapport à la totalité du budget du ministère, la proportion réservée à la question sanitaire ne semble pas, à première vue, avoir augmenté de manière significative. En 2017, le ministère de l’Agriculture annonçait y dédier 9,9 % de ses moyens financiers, contre 10,6 % pour 2018.
De plus, la question sanitaire n’est pas une exception. Parmi les cinq autres domaines gérés par le ministère, un seul budget n’a pas été augmenté : il s’agit de celui des forêts, qui diminue de presque 10 millions d’euros. Mais les sommes dédiées à l’enseignement technique agricole, l’enseignement supérieur et la recherche, le soutien aux politiques agricoles et à l’économie et la compétitivité sont toutes plus importantes qu’en 2017.
Cependant, en y regardant de plus près, on constate que le budget consacré à la sécurité et à la qualité sanitaire de l’alimentation est celui qui le plus a augmenté. D’environ 506 millions d’euros en 2017 en crédits de paiement, il passe à plus de 552 millions pour 2018, soit une augmentation d’environ 46 millions d’euros. Pour les autres domaines dont les budgets ont augmenté, la différence avec 2017 est moins flagrante : environ 31 millions de plus pour l’enseignement technique, 6 millions supplémentaires pour l’enseignement supérieur agricole et 2,6 millions d’écart pour le soutien aux politiques agricoles.

Stéphane Travert a donc raison d’affirmer qu’un accent particulier a été mis sur le budget consacré à la sécurité sanitaire par le ministère de l’Agriculture.
Mais ce n’est pas sa priorité. Le ministère consacre 2 milliards d’euros à ce qu’il appelle la « compétitivité et durabilité de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la pêche », ainsi que près de 1,5 milliard d’euros à l’enseignement technique agricole.

Charlène Torres

Date : 15 janvier 2018.

Lieu : Chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire, Chambray-lès-Tours.

Interlocuteurs :

  • Guy Molard, directeur du Groupement de défense sanitaire d’Indre-et-Loire.

Guy Molard, directeur du Groupement de défense sanitaire d’Indre-et-Loire, explique que les éleveurs, comme les producteurs de l’agro-alimentaire, sont très strictement contrôlés tout au long de l’année par la Chambre d’agriculture. L’État procède régulièrement à des audits pour vérifier que les contrôles sont faits en bonne et due forme.

« En matière de sécurité sanitaire, il faut être très vigilant en permanence, même quand tout va bien. » La sécurité sanitaire concerne aussi bien le secteur de l’agro-alimentaire que les élevages. À la Chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire, Guy Molard est responsable du pôle élevage. Il dirige également le Groupement de défense sanitaire (GDS). Cette coopérative, qui existe dans chaque département de France, a pour rôle de contrôler l’état sanitaire des élevages. En Indre-et-Loire, 1458 ateliers d’élevage adhérent et cotisent auprès du GDS. Les sept salariés de la coopérative – Guy Molard y compris – les accompagnent et les conseillent dans leurs démarches.

« Nous travaillons en lien avec les vétérinaires, explique le directeur. Les éleveurs sont dans l’obligation de se soumettre à des contrôles auprès d’eux ». Ceux-ci ont lieu une ou plusieurs fois par an en fonction du type d’élevage (bovin, caprin, avicole, apicole…). Leurs vétérinaires envoient tous les résultats de leurs analyses à la coopérative. L’équipe, qui rassemble un vétérinaire conseil, un conseiller hygiène et un technicien hygiène, y repère les problèmes sanitaires. « Si nécessaire, nous mettons en place un plan d’action ».

En cas d’anomalie détectée, le GDS rencontre l’éleveur et l’informe des solutions qui s’offrent à lui : vaccinations, antibiotiques, avortements ou, en cas extrême, abattages. Par exemple, plus de 18 000 médicaments contre la varroase, une maladie mortelle pour les abeilles, ont été délivrés aux apiculteurs en 2015-2016. Le GDS peut financer certaines actions ou indemniser les éleveurs. Ainsi, toujours en 2015-2016, près de 300 avortements de bovins, financés par l’État et le GDS, ont été réalisés pour éviter des propagations de maladie. Les élevages de chèvres, eux, ont déclaré 55 avortements. « Ces chiffres sont stables d’une année sur l’autre », affirme Guy Molard.

C’est à son bureau de la Chambre d’agriculture, à Chambray-lès-Tours, que Guy Molard étudie les dossiers sanitaires des éleveurs d’Indre-et-Loire. ©Charlène Torres

La coopérative vit principalement des cotisations de ses adhérents et fonctionne avec un budget d’environ « 500 000 euros par an », annonce Guy Molard. L’Etat la subventionne à hauteur de 20 %. À l’échelle locale, il est encore trop tôt, selon le directeur, pour ressentir les effets de la hausse du budget national consacré à la question sanitaire. « On le ressentira sur le long terme », prévoit-il. Actuellement, le GDS est audité deux à trois fois par an par l’Etat. Avec la hausse du budget consacré à la question sanitaire, « ce rythme pourrait augmenter », suggère le directeur. Pour le moment, des représentants de l’Etat font partie du conseil d’administration de la coopérative et « assistent à chaque réunion », assure Guy Molard. Il apprécie : « Nous entretenons des liens permanents avec l’Etat. Cela nous permet de démultiplier nos activités de façon intelligente. »

En augmentant ce budget, l’Etat peut-il éviter de nouveaux scandales, à l’image de Lactalis ? « Les éleveurs sont déjà soumis à d’énormes contraintes, note Guy Molard. On sait à tout moment où se trouve un bovin. Parfois, il y a même à l’inverse un excès de précautions. » Dans le cadre de ses fonctions, il collabore régulièrement avec des producteurs de fromages. « Les lots sont identifiés de sorte à ce qu’on sache avec quel lait a été fabriqué le produit et d’où il est parti », détaille-t-il. Comment de tels scandales sanitaires peuvent-ils alors se produire ? Le directeur du GDS ne sait l’expliquer : « C’est vraiment surprenant. »

Charlène Torres

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