JEAN-CHRISTOPHE LAGARDE

« En Allemagne, il y a trois fois moins de jeunes au chômage, trois fois plus en apprentissage »

Le président de l’UDI affirme qu’en Allemagne, les jeunes sont trois fois moins nombreux à être chômeurs, et trois fois plus en apprentissage, comparé à la France. C’est une affirmation vraie selon les chiffres d’Eurostat.

LE CONTEXTE

Jean-Christophe Lagarde était invité sur le plateau de Paris Première, en simultané avec Radio Classique, le mercredi 10 janvier 2018. Le député UDI soutient Emmanuel Macron dans ses réformes et a souligné qu’il était favorable à une réforme qui valoriserait l’apprentissage. Pour appuyer ses propos, il affirme qu’en Allemagne, le taux de chômage est trois fois moins élevé qu’en France pour les jeunes, et qu’il y aurait trois fois plus de personnes en apprentissage.

L’EXPLICATION

Pour soutenir la réforme pour l’apprentissage, le président de l’UDI affirme que l’Allemagne a tout d’abord un taux de chômage chez les jeunes trois fois moins élevé qu’en France. Ce qui est vrai selon les chiffres d’Eurostat, site d’information statistique de l’Union Européenne. En 2016, en Allemagne, 7,1 % des jeunes entre 15 et 24 ans étaient au chômage, contre 24,6 % en France. Le taux de chômage chez les jeunes est même plus élevé qu’annoncé par Jean-Christophe Largarde : environ 3,5 fois plus important en France qu’en Allemagne.

Il affirme aussi que les jeunes en apprentissage sont trois fois plus nombreux en Allemagne. C’est également juste. Il y a en Allemagne 1 428 986 apprentis contre 405 205 en France. Ramené à la population totale,  66 896 110  Français en 2016, les apprentis représentaient environ 0,6 % de la population. En Allemagne, en 2016, pour 82 667 680 habitants, les apprentis représentaient 1,7 % de la population. Sur la population totale, il y a donc environ 2,8 fois plus d’apprentis allemands que d’apprentis français.

Jean-Christophe Lagarde a alors raison de dire qu’en Allemagne “il y a trois fois moins de jeunes au chômage, trois fois plus en apprentissage”.

Pour autant, est-il juste de corréler un plus faible chômage chez les jeunes avec une hausse du nombre d’apprentis ? Ce n’est pas si sûr pour Jean-Jacques Arrighi, chercheur et auteur du livre “L’apprentissage et le chômage des jeunes : en finir avec les illusions”, sorti en 2013. Il souligne que “l’idée consensuelle selon laquelle le développement de l’apprentissage sans objectifs explicites et précis est une arme efficace pour combattre le chômage des jeunes est infirmée par son histoire récente”. Pour l’auteur, les entreprises préfèrent la flexibilité des contrats précaires pour intégrer les jeunes. L’apprentissage se développe essentiellement dans des secteurs où les jeunes rencontrent peu de difficultés pour accéder à l’emploi.

Laura Hubert

Les sources à consulter

Date: 25 janvier 2018

Lieu: CFA de Tours

Interlocuteur(s):

  • Marie-Jo Bodin, directrice du CFA
  • Krystelle Bernard, formatrice
  • Margot et Pauline, apprenties

Pour Marie-Jo Bodin, directrice du CFA de Tours, l’apprentissage est une arme contre le chômage : « Le taux d’insertion est élevé, d’environ 75% avec des pics à 100% sur les secteurs carrosserie et ascenseur ». Même si l’hôtellerie-restauration et le commerce restent toujours prisés, certaines formations ont dû fermer, offrant peu de débouchés, comme la formation d’ébéniste ou de photographe.

Quant à la formation d’ascensoriste (il installe et entretient les ascenseurs), peu connue, il y a encore des offres d’apprentissage non pourvues. Depuis la crise économique de 2008, les embauches d’apprentis ont baissé. Les formations du CFA sont soumises au marché économique, « il faut développer de la souplesse pour une ouverture plus rapide de nouvelles formations en fonction de ce qui embauche », regrette la directrice.

Cette année, le CFA compte 791 apprentis (21 de plus qu’en 2016) et 48 pré-apprentis. Pauline, 23 ans, et Margot, 19 ans, sont en formation Accueil-Réception. Margot, dès la troisième, se destinait au bac professionnel. Mais ses professeurs ne comprenaient pas son choix : « J’avais 14/20 de moyenne générale, ils me conseillaient d’aller en filière générale. Mes parents, eux, étaient rassurés que je sache ce que je voulais faire de ma vie et que je travaillerais rapidement. Travailler et avoir un salaire, c’est ce qui motive Pauline. En hôtellerie-restauration, il y a toujours du travail. J’ai mon salaire, je ne dépends de personne,  et je me gère ». Une semaine en cours, et trois semaines en entreprise : les apprentis sont davantage salariés qu’élèves.

Les apprentis échangent librement dans leur salle de cours, nul besoin de lever la main pour prendre la parole. ©Laura Hubert

Pauline et Margot rejoignent leur classe, composée de neuf apprentis. Dans la salle, les tables forment deux rangées, mises l’une en face de l’autre. Ce qui favorise les échanges et débats sur les questions de cours, très concrètes :  « Si un client vous appelle en signalant qu’il a oublié son chargeur de téléphone, que faites-vous ? » demande Krystelle Bernard, formatrice. « C’est une relation d’adulte à adulte. On quitte l’enfance avec le côté protecteur de l’école, bienvenue dans le monde des grands ! ». Devenir adulte n’est pas chose acquise, en témoignent quelques bavardages : « Eh les deux pipelettes du fond, on suit ! »

Les prix affichés comme dans un vrai hôtel. ©Laura Hubert

Chloé, 20 ans, s’entraîne à l’accueil-réception. ©Laura Hubert

Après la théorie, place à la pratique : Chloé, 20 ans, entre dans la salle de mise en situation qui s’apparente à une réception d’hôtel. Un comptoir, le prix des chambres, des guides touristiques sur la Touraine, nous sommes accueillis dans « l’Hôtel Albert 1er ». La formatrice joue le rôle de « Sophie Guillon » cliente. C’est une des épreuves finales de la formation. « Sophie Guillon » demande beaucoup de renseignements. Pour Chloé, il faut savoir être réactive et improviser. Elle doit ensuite analyser son exercice. Lors de l’examen, cette réflexion permet de rattraper le tir et montre que l’apprenti a une capacité d’analyse. Les cours donnés au CFA apportent aux apprentis des compétences et pas seulement des connaissances. La formatrice le confirme : « Ils sont directement opérationnels pour insérer le marché du travail ».

Laura Hubert

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