GÉRARD COLLOMB

« En l’espace de six mois, nous avons augmenté de 17% le nombre d’éloignements [forcés d’étrangers en situation irrégulière] »

Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, affirme que l’action du gouvernement a permis d’accroître l’expulsion d’étrangers en situation irrégulière. Mais ses propos sont faux, car l’ancien maire de Lyon utilise un chiffre relatif aux demandes d’asile sur un an.

LE CONTEXTE

Invité de la matinale de RMC et de BFM TV, vendredi 9 février 2018, Gérard Collomb s’est exprimé sur plusieurs sujets d’actualité. Jean-Jacques Bourdin l’interrogeait sur le contenu du projet de loi « asile et immigration », qui sera présenté le 21 février 2018. Le ministre de l’Intérieur a affirmé que le gouvernement, avec cette nouvelle législation, pourra examiner plus rapidement la situation des personnes entrant sur le territoire. « En six mois, on saura si on donne l’asile ou si on les renvoie chez eux. Et nous sommes en train de travailler avec l’ensemble des pays d’où sont originaires ces personnes de manière à pouvoir conclure des accords avec eux pour qu’ils puissent être renvoyés. » Jean-Jacques Bourdin demande alors : « Vous pourrez les renvoyer tous ? ». Gérard Collomb est catégorique : « Absolument. Je vous rappelle déjà qu’en l’espace de six mois, nous avons augmenté de 17% le nombre d’éloignements [forcés d’étrangers en situation irrégulière] et nous allons continuer à éloigner, parce que nous ne pouvons pas faire autrement. »

L’EXPLICATION

Chaque année, au mois de janvier, la Direction générale des étrangers en France (DGEF) du ministère de l’Intérieur publie ses statistiques sur l’immigration pour l’année écoulée.

Contacté par FactoScope, le ministère de l’Intérieur explique que Gérard Collomb a confondu les chiffres relatifs aux demandes d’asile et ceux qui concernent les éloignements d’étrangers en situation irrégulière. La première catégorie, celles des demandes d’asile, est comptabilisée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), un établissement public administratif placé sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. Les éloignements forcés d’étrangers en situation irrégulière sont comptabilisés par la DGEF.

La hausse de 17% évoquée au micro de Jean-Jacques Bourdin par l’ancien maire de Lyon correspond à l’évolution des demandes d’asile entre 2016 et 2017. L’an dernier, selon les chiffres de l’Ofpra, très précisément, 73 689 personnes ont effectué une première demande d’asile, auxquelles s’ajoutent 19 141 mineurs accompagnants, 7 442 dossiers réexaminés et 140 rouverts, soit exactement 100 412 demandes. Ces chiffres sont, pour le moment, provisoires. De leur côté, les éloignements forcés d’étrangers en situation irrégulière ont augmenté de 14,6% en 2017, comme le montre ce rapport de la DGEF.

Par ailleurs, Gérard Collomb a fait une double confusion en utilisant un chiffre qui décrit une réalité sur une année pleine pour décrire une réalité sur les six derniers mois. Les propos du ministre de l’Intérieur sont donc faux.

 

Alexandre Mazel

Les sources à consulter

  • Immigration.intérieur.gouv.fr, « Communiqué de presse – Statistiques annuelles en matière d’immigration, d’asile et d’acquisition de la nationalité française »
  • Ofpra.gouv.fr, « Les données de l’asile 2017 à l’OFPRA »
  • DGEF, « L’essentiel de l’immigration : chiffres clefs »

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