MURIEL PÉNICAUD

« Il y a 1,3 million de jeunes en France qui sont sans formation et sans emploi. »

Muriel Pénicaud a affirmé que, en France, 1,3 million de jeunes sont sans formation et sans emploi. Ce qui est imprécis. La Ministre du travail à mal interprété les chiffres du rapport sur lequel elle s’appuie.

Le contexte

Muriel Pénicaud était l’invitée du « Grand rendez-vous » sur Europe 1, dimanche 7 janvier 2018. La ministre du Travail a été amenée à développer les réformes du gouvernement pour l’emploi, et notamment son plan d’investissement public de 57 milliards d’euros prévu sur cinq ans. Interrogée sur le contenu des 15 milliards d’euros consacrés à la formation professionnelle, l’ancienne DRH du groupe Danone a affirmé « qu’il y a 1,3 million de jeunes en France qui sont sans formation et sans emploi, et c’est dramatique pour eux. C’est un gâchis humain, économique et social. C’est une perte pour le pays. »

L’explication

Lorsqu’elle évoque ces 1,3 millions de jeunes français « sans formation et sans emploi », Muriel Pénicaud semble faire référence, bien qu’elle ne cite pas le terme, aux NEET (Neither in employment, education or training). C’est-à-dire, en français, des personnes de 15 à 24 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Utilisé pour la première fois dans un rapport du gouvernement britannique en 1999, le taux de NEET est devenu un indicateur officiel pour la Commission européenne en 2010. Un rapport récent de cette dernière, dévoilé en juillet 2017, annonce d’ailleurs une baisse d’un million de ces NEET à l’échelle européenne depuis 2013.

La France en compterait donc 1,3 million selon Muriel Pénicaud. Pour avancer ce chiffre, la ministre du Travail s’appuie sur une étude de l’économiste Jean Pisani-Ferry, coordinateur du programme présidentiel d’Emmanuel Macron pendant sa campagne. Ce rapport a été remis le 25 septembre 2017 au Premier ministre Édouard Philippe. Intitulé « Le grand plan d’investissement 2018-2022 », il explique, à la page 40, qu’en France, « en 2017, 1,3 millions de personnes de plus de 26 ans sans diplôme cherchaient un emploi et plus d’un million de jeunes de moins de 26 ans n’étaient ni scolarisés, ni en formation, ni en emploi ».

À la lecture de ce rapport, les propos de la ministre du Travail semblent imprécis, apparaissant comme étant un mélange des deux phrases citées précédemment : « En 2017, 1,3 millions de […] jeunes de moins de 26 ans n’étaient ni scolarisés, ni en formation, ni en emploi. ». Or, ces deux phrases sont présentées comme étant deux informations différentes de l’étude. Contacté par FactoScope pour obtenir des précisions, le ministère du Travail n’a pas répondu à notre sollicitation.

Notons que le nombre de NEET en France est en baisse. Pour l’année 2015, la Dares, l’étude de statistiques du ministère du Travail, estimait qu’il y avait 1,7 millions de jeunes ni en emploi, ni étudiants, ni en formation en France. Une donnée proche de l’étude de l’OCDE, qui parlait de 1,8 millions de jeunes dans l’Hexagone pour cette même année. Il n’existe donc pas de chiffres fiables pour l’année 2017. Les propos de Muriel Pénicaud sont donc bien imprécis.

Un exemple sur le terrain : la Garantie jeunes de la Mission locale, à Tours.

David Boussereau, responsable de la garantie jeunes à la Mission locale de Tours. ®Factoscope

Lancé par la Mission locale en 2013, le dispositif Garantie jeunes est un contrat « d’engagement réciproque », signé pour une durée d’un an. Il commence par une période en collectif sur cinq semaines, « particularité de la garantie jeunes. Un groupe de 15 à 16 jeunes commence tous les 15 jours, intégré aux autres jeunes, explique David Boussereau, responsable de la garantie jeunes à la Mission Locale de Tours. Pour outiller les jeunes sur comment rechercher un emploi, simuler un en entretien, faire des tests de compétences pour tenter de trouver le métier le plus approprié… »

Objectif : que le jeune acquiert une autonomie professionnelle et sociale, qu’il soit en situation professionnelle le plus tôt possible. Une fois les cinq semaines terminées en collectif, le jeune est accompagné individuellement pendant toute l’année de son contrat, quelque soit sa situation. « Ce n’est pas parce qu’un jeune trouve un emploi que tous les problèmes sont réglés, poursuit David Boussereau. Par exemple, cette année, un jeune ne disposait pas de logement. Grâce à la Garantie jeunes, il a trouvé un appartement, aidé par les associations partenaires du dispositif. »

Responsable de la garantie jeunes à la Mission Locale de Tours, David Boussereau salue l’efficacité du dispositif :

Témoignage d’un jeune Neet, bénéficiaire de la Garantie jeunes

Jérémi Guillemin, 20 ans, a trouvé une formation grâce au dispositif Garantie Jeunes. ®Factoscope

Jérémi Guillemin fait partie de ces Neet. En échec scolaire après avoir raté son bac pro électricité, le Tourangeau, qui ne souhaitait pas poursuivre ses études, s’est retrouvé sans solutions. Jusqu’à ce qu’un ami lui parle de la Garantie jeunes, « qui l’avait aidé à trouver un travail ». Mais le jeune homme est perplexe, craignant que ce soit « une formation de plus, qui n’allait pas encore servir à grand-chose. »

Jérémi intègre la Mission locale le 28 novembre. Après presque deux mois de formation, le bilan est très positif. « J’ai repris confiance en moi. J’étais très démotivé, et franchement, se battre et essayer d’aller voir les patrons seul c’est pas évident, donc c’est une vraie aide de savoir comment faire. » CV, lettres de motivation, tests d’orientation : encadrés par des entreprises et les animateurs de la Mission locale, les jeunes entament à toute allure leur retour vers le marché du travail, ou les bancs de l’école. Un test d’orientation a révélé que Jérémi avait une vocation pour l’animation. Dès le mois de septembre, il préparera un brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (BPJEPS). Et tentera de faire des stages d’ici-là pour engranger de l’expérience.

En quelques semaines, l’avenir du Tourangeau s’est éclairci. « Ce dispositif, je le trouve très efficace, affirme Jérémi. Le collectif est un vrai plus. Il te stimule et te porte vers le haut. Sans eux, je ne pense pas que j’aurais réussi à faire toutes ces démarches. »

Lui qui était encore dans l’obscurité il y a quelques mois, sera bientôt en pleine lumière : les bénéficiaires du dispositif Garantie jeunes prépare une série de clips sur les Neet. Leur mise est prévue fin février. « On veut démonter les clichés sur les jeunes, montrer qu’un jeune sans emploi, sans formation n’est pas forcément un jeune inactif, qui se tourne les pouces. »

Alexandre Mazel

Les sources à consulter

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