MARLÈNE SCHIAPPA

« Il y a entre 12 et 27 % d’écart de salaires [entre les hommes et les femmes] »

La secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a affirmé que les salaires des femmes sont « entre 12 et 27 % moins élevés que ceux des hommes ». Ces chiffres sont vrais mais ne s’expliquent pas exclusivement par des situations de discrimination, comme Marlène Schiappa le laisse entendre.

LE CONTEXTE

Invitée lors de la matinale de Patrick Cohen le lundi 8 janvier 2018 sur Europe 1, Marlène Schiappa est interrogée par Nadia Daam au sujet des inégalités salariales. L’animatrice lui demande si, comme en Allemagne, la loi française pourrait donner la possibilité aux femmes de connaître le salaire de leurs collègues masculins. Une mesure que Marlène Schiappa approuverait : « Il existe une quinzaine de lois et de décrets d’application depuis les années 80, ça ne marche pas. On voit qu’il reste entre 12 et 27 % d’écart de salaire. Il faut donc que l’on fasse de la pédagogie, de l’explication, de l’accompagnement des entreprises, mais aussi des sanctions. »

L’EXPLICATION

Selon son cabinet, la Secrétaire d’État chargée de l’égalité hommes-femmes s’appuie sur un rapport de L’Observatoire des inégalités, un organisme privé indépendant. Celui-ci note : « Le salaire mensuel net moyen des hommes, en équivalent temps plein, est de 2 410 euros en 2014, celui des femmes de 1 962 euros. » Soit presque 23 % de moins pour les femmes. Depuis 2012, de nombreux rapports d’économistes ou d’organismes tels que l’Insee et le ministère du Travail démontrent que les salaires des femmes sont plus faibles que ceux des hommes.

Néanmoins, ces écarts trouvent leur justification par des conditions de travail différentes. L’Observatoire des inégalités l’affirme : « Le premier facteur explicatif des inégalités de salaires provient des différences de temps de travail. Les femmes sont quatre fois plus souvent en temps partiel que les hommes. » En 2014, les économistes Antoine Bozio, Brigitte Dormont et Cecilia García-Peñalosa le relevaient déjà. Leur rapport « Réduire les inégalités de salaires entre femmes et hommes » met aussi en cause la répartition sexuée des métiers : les métiers les moins rémunérateurs sont plus souvent pratiqués par des femmes que par des hommes. L’Insee énumère pour sa part « l’ensemble des variables » entraînant une baisse de salaire chez les femmes : « l’expérience, l’ancienneté, le temps partiel, la catégorie socioprofessionnelle, le diplôme, le secteur d’activité, la région d’emploi, la taille d’entreprise, la constante du modèle. » Cette dernière notion concerne les primes versées par une entreprise à ses employés, généralement plus élevées pour les hommes qui négocient plus fréquemment que les femmes.

Malgré ces justifications, les différents rapports économiques sont formels : l’ensemble de ces raisons ne suffit pas à expliquer les inégalités salariales. Les calculs démontrent qu’il existe des différences de salaires entre hommes et femmes occupant le même poste, au même volume horaire, avec les mêmes qualifications. On parle alors de « part inexpliquée ». Mais la valeur de cet écart varie d’une source à l’autre. Si l’Insee l’évalue actuellement à 17 %, le ministère du Travail, lui, annonce un écart non expliqué de 10,5 %. Antoine Bozio, Brigitte Dormont et Cecilia García-Peñalosa ne s’avancent pas : « Mesurer correctement la discrimination est une tâche ardue car il faudrait pouvoir comparer les salaires d’individus qui auraient exactement la même productivité et auraient effectué les mêmes choix », admettent-ils.

Quand Marlène Schiappa annonce que les femmes gagnent entre 12 et 27 % de moins que les hommes, il convient donc de nuancer cette affirmation. En réalité, c’est la moyenne des salaires des femmes qui est moins élevée que la moyenne des salaires des hommes. Ces chiffres s’expliquent principalement par le temps de travail et ne concernent pas les écarts de salaires entre hommes et femmes à postes équivalents. Ceux-ci, difficiles à calculer, semblent moins conséquents à la lecture des différents rapports qui les évoquent. Mais ils existent bel et bien.

Charlène Torres

Les sources à consulter

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