OLIVIER VÉRAN

« La France est le pays qui a en premier créé des normes spécifiques pour des masques protecteurs [grand public] »

Le ministre de la Santé Olivier Véran a estimé, mardi 21 avril 2020 sur France 2, que la France est précurseur en ce qui concerne l’homologation de masques dits « grand public ». Selon l’Afnor, elle est bien la première à avoir élaboré de nouvelles normes pour faciliter leur confection tout en assurant leur efficacité.

LE CONTEXTE

Invité des 4 vérités sur France 2, mardi 21 avril 2020, Olivier Véran répondait à une question du journaliste Jeff Wittenberg, au sujet du retard de la distribution de masques de protection aux Français : « Pourquoi à ce jour, les autorités françaises ne peuvent-elles pas distribuer des masques à l’ensemble de la population ou au moins à une partie […] ? » Le ministre de la Santé a assuré que l’État va « commencer à équiper les malades, les personnes fragiles, les personnes vulnérables au fur et à mesure que ces quantités de masques arrivent ». Il a ajouté, concernant les masques « grand public » également attendus, que « la France est le pays qui a en premier créé des normes spécifiques pour des masques protecteurs ». 

L’EXPLICATION

Avant tout, il convient de définir ce qu’est un masque « grand public ». Comme son nom l’indique, il est destiné à un public large et non au personnel médical, qui en dispose de plus performants. En effet, les masques chirurgicaux ont une efficacité de filtration bactérienne de 95 % à 98 %, comme l’indique ce dossier de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Seulement, ces derniers ne peuvent être distribués massivement compte tenu de la pénurie observée depuis le début de la crise. Ils sont alors réservés au personnel soignant.

Pour contrer ce manque, de nombreux plans de confection de masques artisanaux ont été partagés sur les réseaux sociaux. On voit çà et là des masques faits maison, en vieux torchon, en rideau recyclé ou encore à partir de collants bons à jeter. En somme, à partir de tissu à portée de main. Cependant, malgré « beaucoup de bonnes volontés », ces masques sont « au mieux peu efficaces, au pire dangereux car vecteurs potentiels du virus ». C’est ce que dit l’Association française de normalisation (Afnor), que FactoScope a contacté. C’est elle qui homologue les normes en France.

Le guide Afnor téléchargé plus d’un million de fois
C’est pourquoi le 27 mars 2020, en collaboration avec 150 représentants du monde du textile, des laboratoires d’essais, ou encore de médecins, l’Afnor a mis à disposition des entreprises et des particuliers un guide pour la confection de masques barrières avec des normes spécifiques garantissant leur efficacité. L’Afnor nous précise : « Le masque barrière est un type de masque artisanal qui répond à des critères définis précisément. C’est son principal intérêt, car il réduit une part d’incertitudes. Si on suit les recommandations de fabrication, si on utilise les tissus recommandés, on maîtrise plus le résultat final que si on ne suit aucun critère en particulier. »

La promesse est de garantir une capacité de filtration des particules solides et liquides d’au moins 70 %, comme l’indique le guide AFNOR Spec, téléchargé plus d’un million de fois depuis sa mise en ligne. L’Afnor prévient tout de même : « Il ne s’agit pas d’une norme volontaire à proprement parlé, puisque le document a été réalisé en 7 jours, sans suivre les étapes habituelles de consultation étalée dans le temps notamment. L’enjeu était d’aller vite. »

La secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, Agnès Pannier-Runacher, a par ailleurs annoncé la réouverture des merceries, le 24 avril 2020, pour faciliter l’approvisionnement des particuliers en matières premières et encourager la confection de masques artisanaux. 

 

Un partage du plan à l’international
L’Afnor ajoute que son guide « sert aux organismes d’homologation que sont la DGA et l’IFTH, pour vérifier que les productions à grande échelle des industriels permettent bien de livrer des masques en tissu répondant aux exigences de filtration attendues ». De plus, il ne sert pas uniquement aux entreprises françaises, mais aussi aux industries étrangères. L’Afnor confirme à Factoscope avoir partagé ce guide dès le 27 mars 2020 au Réseau normalisation et francophonie (RNF), permettant ainsi à de nombreux pays francophones d’adopter le plan de confection de ces masques grand public. L’association tiendra également une conférence à destination des adhérents de l’AIMF, l’Association internationale des maires francophones. « Une cinquantaine de maires du continent Africain, de l’océan Indien, de Madagascar et nos homologues de Burkina, Gabon, Liban, Bénin, Cameroun, Haiti et Mali y participeront. » 

L’association nous confie enfin que le document sera proposé au comité européen de normalisation qui regroupe une trentaine de pays de l’UE et la Turquie, mais aussi via l’Organisation internationale de normalisation (ISO). L’objectif étant de faire connaître l’initiative française à l’étranger afin de déployer ces masques homologués partout où le besoin est. Par ailleurs, l’ISO a confirmé à Factoscope ne pas avoir « de normes pour ce type de masque à ce jour ». D’autres organismes ont œuvré pour faciliter la création de masques comme, par exemple, le Comité européen de normalisation qui a décidé de rendre gratuitement disponible une série de normes européennes (ENs), dont celles correspondant aux masques filtrants. Néanmoins, il ne s’agit pas dans leur cas d’une création de normes spécifiques mais d’un relai gratuit de normes préexistantes. La déclaration d’Olivier Véran est donc vraie.

Dorian Le Jeune

LES SOURCES À CONSULTER

Afnor.org : Tout sur le masque barrière AFNOR, en France et à l’international, 03/04/2020.
Masques-barrieres.afnor.org : Guide AFNOR SPEC S76-001, 27/03/2020.
Legifrance.gouv.fr : Arrêté du 25/04/2020 modifiant l’arrêté du 15/02/2020 et autorisant la vente de masques grand public dans les pharmacies.
Cencenelec.eu : Communiqué de presse du Comité européen de normalisation (en anglais), 20/03/2020

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