GÉRALD DARMANIN

« La mobilisation de la fonction publique [le 22 mars 2018] a été un peu plus faible que lors de la manifestation d’octobre 2017 »

Le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, affirme que « la mobilisation de la fonction publique [le 22 mars 2018] a été un peu plus faible que lors de la manifestation d’octobre 2017 ». Mais cette affirmation est fausse selon les chiffres de la préfecture de police de Paris.

LE CONTEXTE

Invité au micro de Patrick Cohen sur Europe 1, le vendredi 23 mars 2018, Gérald Darmanin s’est exprimé au sujet de la manifestation nationale de la fonction publique et des cheminots qui a eu lieu le 22 mars 2018. Il a affirmé que « toutes les mobilisations font réfléchir » et qu’il l’avait « regardée avec attention ». Le ministre des Actions et des Comptes publics a également souligné que ce jour-là, « la mobilisation de la fonction publique a été un peu plus faible que lors de la manifestation d’octobre 2017 ». Il fait ici allusion à la manifestation intersyndicale nationale de la fonction publique qui a eu lieu le 10 octobre 2017.

L’EXPLICATION

Les chiffres concernant le nombre de manifestants ne sont jamais les mêmes entre les syndicats organisateurs et la police : cet écart s’explique par la méthode de calcul un peu artisanale employée par les deux parties. D’après la Société française de statistique, la préfecture de police installe le plus souvent deux points d’observation, en hauteur par rapport aux manifestants. À chacun de ces points, des fonctionnaires de police très expérimentés et formés pour ce travail comptent les passages, progressivement pendant toute la durée de la manifestation.

Deux équipes opèrent indépendamment l’une de l’autre. Les résultats des deux équipes sont confrontés, et on prend l’évaluation la plus haute. Ensuite, le directeur du renseignement à la préfecture augmente l’évaluation de 10 % : ce redressement est destiné à faire face à un biais dans le sens de la sous-estimation, biais confusément ressenti. Deux jours après la manifestation, pour une vérification, les films qui permettent de visionner toute la manifestation sont réutilisés pour un nouveau comptage. Il s’avère que ce chiffre résultant du visionnage est presque toujours plus faible que celui qui a été établi immédiatement après la manifestation, mais il n’est jamais communiqué.

Pour en revenir à la déclaration de Gérald Darmanin, la manifestation du 10 octobre 2017 avait été impulsée par un appel à la grève de l’ensemble des syndicats de la fonction publique. Les fonctionnaires dénonçaient alors plusieurs annonces faites par le gouvernement. Parmi elles, on retrouvait le gel de la valeur du point indice (qui sert de base au calcul des revenus des fonctionnaires), la suppression de 120 000 emplois sur les trois versants de la fonction publique (territoriale, hospitalière et étatique) et le rétablissement de la journée de carence.

Durant cette mobilisation nationale, la préfecture de police de Paris a comptabilisé 26 000 personnes rassemblées dans la ville. Selon le ministère de l’Intérieur, au niveau national, 209 000 personnes auraient participé à la grève du 10 octobre. Mais pour le syndicat CGT, il s’agirait en fait d’une mobilisation ayant réuni 400 000 fonctionnaires.

Entre 323 000 et 500 000 manifestants le 22 mars 2018

En comparaison, le 22 mars 2018, une grève nationale de la fonction publique et des cheminots a eu lieu. Les revendications étaient multiples : les fonctionnaires défendaient leur pouvoir d’achat et le statut de la fonction publique ; les cheminots, eux, dénonçaient la volonté du gouvernement de transformer la SNCF en société anonyme et d’abandonner le statut de cheminot. Des enseignants, des contrôleurs aériens, des membres du personnel hospitalier ainsi que des employés de la RATP, solidaires des cheminots, ont également participé à la manifestation.

D’après les chiffres de la préfecture de police de Paris, la manifestation de la fonction publique a rassemblé 32 500 personnes dans la ville et 16 500 personnes pour celle des cheminots. Selon le ministère de l’Intérieur, 323 000 manifestants auraient participé à la mobilisation au niveau national. Pour les syndicats, ce chiffre passe à 500 000 pour l’ensemble du territoire.

À l’occasion de cette mobilisation, plusieurs médias, dont AFP, Le Figaro ou encore Libération, ont adopté une méthodologie de comptage indépendante en faisant appel au cabinet Occurrence. Ce dernier a compté le nombre de manifestants présents à Paris : 47 800 au total, dont 34 700 pour le cortège de la fonction publique et 13 100 pour le cortège des cheminots. « Ce deuxième chiffre est en dessous de celui de la police car notre ligne de comptage se situait après la place de la République. Au regard des heurts à cet endroit, un certain nombre de manifestants n’a peut-être pas continué jusqu’à Bastille », explique par mail Assaël Adary, président du cabinet.

Quels que soit les chiffres que nous regardons, le nombre de manifestants lors de la manifestation du 22 mars 2018 a été plus important que lors de la grève du 10 octobre 2017. Gérald Darmanin a donc tort d’affirmer que « la mobilisation de la fonction publique a été un peu plus faible qu’en octobre dernier ». Contacté par la rédaction de FactoScope, Gérald Darmanin n’a pas souhaité s’exprimer.

Yleanna Robert.

Les sources à consulter

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