MARINE LE PEN

« Les « Républicains », [qui disent être contre] cette relocalisation des migrants, ont tout voté en ce sens au Parlement européen depuis 5 ans ! »

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, a affirmé le 20 avril 2019 lors d’un meeting à Beaucaire que Les Républicains, qui s’opposent publiquement à la relocalisation des migrants, auraient pourtant tout voté en ce sens au Parlement européen depuis 5 ans. C’est imprécis.

LE CONTEXTE

En meeting à Beaucaire (30), ville dirigée par l’extrême droite depuis 2014, Marine Le Pen s’est exprimée le 20 avril 2019 sur la position des Républicains quant à la relocalisation des migrants. La présidente du Rassemblement national a affirmé que ces derniers « vous expliquent sur les plateaux de télévisions qu’ils sont contre [la] relocalisation des migrants » mais qu’ils ont « tout voté en ce sens au Parlement européen depuis 5 ans ».

L’EXPLICATION

Le principal texte concernant la relocalisation des demandeurs d’asile a été voté par le Parlement européen le 10 septembre 2015. Il s’agissait d’une résolution pour mieux répartir l’accueil des réfugiés entre les Etats membres. Les 20 eurodéputés des Républicains avaient tous votés en faveur de ce dernier, à l’exception de Nadine Morano qui a voté contre, de deux députés qui se sont abstenus et de deux autres notés absents. Les membres 24 eurodéputés Front national avaient quant-à-eux votés contre cette résolution, à l’exception de Jean-Marie Le Pen et d’Aymeric Chauprade, absents le jour du vote. Si l’on s’en tient à ce texte, l’affirmation de Marine Le Pen semble justifiée. D’autant plus que les eurodéputés Les Républicains avaient déjà voté à l’unanimité pour un texte prévoyant des quotas de réfugiés dans les pays d’accueil européens, quelques mois auparavant. Et en 2016 pour une résolution incitant à la relocalisation des demandeurs d’asile (les 20 eurodéputés Les Républicains ont voté pour).

Des textes annexes que les Républicains n’ont pas tous approuvé

Cependant, d’autres textes incluant des passages et/ou des mesures sur la relocalisation ont été adopté depuis 2014 (date de début de la mandature en cours), n’obtenant pas forcément le soutien des députés Les Républicains. A l’image de la «   résolution du Parlement européen sur la protection des enfants migrants », votée en mai 2018 et qui demande que « la priorité soit donnée à la relocalisation des enfants non accompagnés restants de la Grèce et de l’Italie qui remplissent les conditions d’admissibilité au titre des décisions de relocalisation de l’Union ». Les eurodéputés Les Républicains ont voté en majorité contre ce texte (17 contre, 1 pour et 2 absents).

Le fonds asile et migration, dont le budget pour les années à venir a été voté en mars 2019, rappelle de nombreuses fois aux États membres que l’égale répartition des efforts dans l’accueil des réfugiés entre les pays est de rigueur. Les députés européens Les Républicains n’étaient pas non plus favorables à l’instauration de ce nouveau budget. Ils ont votés contre à l’exception de Philippe Juvin et Tokia Saïfi, qui ont voté pour et de Maurice Ponga et Geoffroy Didier, absents lors du vote. Pourtant, Les Républicains avaient tous voté en faveur du réengagement du reste des montants alloués au fonds asile et migration en 2018.

Ils ont également voté en majorité (17 pour, 1 contre, 2 absents) pour la « résolution sur les progrès réalisés sur la voie du pacte mondial des Nations unies pour des migrations sûres, ordonnées et régulières et du pacte mondial des Nations unies sur les réfugiés ». Elle reprend un certain nombre d’éléments du pacte de Marrakech, dont l’objectif est « d’améliorer la coopération en matière de migrations internationales ».

L’affirmation de Marine Le Pen est donc imprécise car même si les Républicains ont voté en faveur de textes sur la relocalisation des migrants, ils ont aussi voté contre des textes qui contenaient des passages sur cette même relocalisation. Notre recensement n’est toutefois pas exhaustif puisque certains votes ont été effectués à main levée. Nicolas Dupont-Aignan leur avait déjà reproché en avril 2019 d’avoir voté pour le pacte de Marrakech, alors qu’ils s’y opposaient quelques mois plus tard. Checknews expliquait alors dans un article que le parti LR se positionnait effectivement contre ce pacte au niveau national, mais qu’il avait voté majoritairement en faveur d’une résolution portant sur le pacte pour des migrations sûres (connu sous le nom de pacte de Marrakech).

Elise Pontoizeau

Les sources à consulter

  • Europarl : « Migration and refugees in Europe »
  • Europarl : « Résolution du Parlement européen du 29 avril 2015 sur les récentes tragédies dans la Méditerranée et les politiques de migration et d’asile de l’Union européenne »
  • Europarl : « Résolution du Parlement européen du 12 avril 2016 sur la situation en Méditerranée et sur la nécessité d’une approche globale des migrations de la part de l’Union européenne »
  • Europarl : « Résolution du Parlement européen du 3 mai 2018 sur la protection des enfants migrants »
  • Europarl : « Résolution législative du Parlement européen du 13 mars 2019 sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant le Fonds « Asile et migration » »
  • Europarl : « Fonds « Asile, migration et intégration »: réengagement du reste des montants »
  • Europarl : « Résolution du Parlement européen du 18 avril 2018 sur les progrès réalisés sur la voie du pacte mondial des Nations unies pour des migrations sûres, ordonnées et régulières et du pacte mondial des Nations unies sur les réfugiés »
  • Votewatch : « Migration and refugees in Europe »
  • Checknews : « Les eurodéputés LR ont-il voté en faveur du pacte de Marrakech… qu’ils dénoncent aujourd’hui ? »
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