JEAN-LUC MÉLENCHON

« [Mireille Knoll] a été assassinée, la justice dit qu’elle l’a été pour des raisons antisémites »

Le chef de file de La France insoumise a affirmé que la justice avait qualifié l’homicide de Mireille Knoll, rescapée de la Shoah, d’« assassinat antisémite ». Pourtant, aucun verdict n’a pour l’heure été rendu.

LE CONTEXTE

Invité de l’émission « Le grand rendez-vous » diffusée sur Europe 1 et CNews le 8 avril 2018, Jean-Luc Mélenchon est revenu sur la mort de Mireille Knoll, 85 ans, tuée à son domicile parisien le 23 mars 2018. Le leader de La France insoumise était interrogé par Laurence Ferrari sur ses relations avec Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Depuis des affrontements entre quelques participants et les députés FI à la marche blanche, l’animosité est vive entre les deux hommes. Dans un billet publié sur le site du Crif le 5 avril, Francis Kalifat accusait le député de La France insoumise de « propos haineux », le menaçant de poursuites judiciaires en l’absence d’excuses de sa part. Au cœur de la polémique, un texte de Jean-Luc Mélenchon dans lequel il affirmait que : « Kalifat a fait plus pour l’antisémitisme à [l’occasion de la marche blanche] que des dizaines de basses besognes des vecteurs antisémites ». Le député des Bouches-du-Rhône n’a pas souhaité répondre aux accusations du président du Crif lors du « Grand rendez-vous », ni lui présenter d’excuses. Il a simplement confirmé les propos tenus sur son blog, précisant que la justice avait qualifié l’homicide de Mireille Knoll d’assassinat antisémite. Une affirmation douteuse à ce stade de l’enquête.

L’EXPLICATION

Moins d’un mois après cet homicide, tout tient encore aux déclarations de deux suspects, arrêtés quelques jours après les faits. Le voisin de Mireille Knoll, Yacine Mihoub, est rapidement soupçonné et mis en garde à vue. Déjà condamné pour avoir agressé sexuellement la fille de l’aide-soignante de Mireille Knoll, il avait également été poursuivi pour des faits de violences et de menaces de mort. Un deuxième homme, Alex Carrimbacus, est arrêté peu de temps après et les deux hommes s’accusent mutuellement d’avoir porté les coups. Tous deux se sont rencontrés en prison et venaient tout juste d’en sortir. Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, était revenu sur le déroulement des faits au matin de la marche blanche dans un entretien à France Inter, le 28 mars 2018.

Alex Carrimbacus affirme que « Yacine a reproché aux Juifs d’avoir des moyens financiers et une bonne situation avant de poignarder l’octogénaire sur son lit médicalisé en criant « Allahou akbar » ». Des déclarations qui ont poussé le parquet à retenir des charges antisémites contre les deux gardés à vue, mais rien n’est encore prouvé, d’autant que Yacine Mihoub conteste ces propos. « [Mon client] a révélé des informations décisives qui ont permis d’interpeller le second suspect dans la nuit de dimanche à lundi, assure Fabrice de Kordi, l’avocat de Yassine Mihoub dans un entretien à Europe 1. [Alex Carrimbacus] est dans une situation de vengeance et a fait des déclarations excessives en évoquant ce mobile antisémite qui n’existe pas ». Par ailleurs, la famille de la défunte n’avait jamais noté de comportement antisémite chez ce jeune voisin et l’enquête policière n’a révélé aucun élément tangible allant dans ce sens.

A ce stade, le mobile religieux du meurtre reste une piste de travail que les enquêteurs ne peuvent pas exclure, mais la présomption d’innocence des deux suspects doit encore être respectée en l’absence de décision de justice. En ce sens, même le terme « assassinat » est incorrect puisqu’il induit une préméditation de la part des auteurs, une charge qui n’est pas retenue par la justice. On peut donc parler de « meurtre », mais pas d’assassinat. Jean-Luc Mélenchon n’est toutefois pas le seul homme politique à avoir employé ces mots. Le président de la République a également acté, à sa manière, le caractère xénophobe du meurtre de Mireille Knoll lors de l’hommage national rendu au colonel Arnaud Beltrame. « Le meurtrier a assassiné une femme innocente et vulnérable parce qu’elle était juive », a-t-il déclaré dans la cour des invalides, bien qu’aux yeux des enquêteurs, la situation ne soit pas aussi limpide. Jean-Luc Mélenchon a donc tort d’affirmer que la justice s’est prononcé sur cette affaire puisque le procès n’a pas encore eu lieu.

Margot Desmas

Les sources à consulter

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