FLORIAN PHILIPPOT

« Deux [des] probables députés européens [du RN] ont voté le traité de Lisbonne. »

Florian Philippot, ancien vice-président du Front national et fondateur des Patriotes, étrille la nouvelle ligne du parti de Marine Le Pen. Il dénonce la présence de deux anciens députés sarkozystes, Thierry Mariani et Jean-Paul Garraud, sur la liste du Rassemblement national pour les européennes. Ces deux candidats récemment ralliés ont bien voté pour la ratification du traité européen de Lisbonne en 2008.

LE CONTEXTE

Dimanche 13 janvier, le Rassemblement national (RN) lançait officiellement sa campagne pour les élections européennes qui auront lieu le 26 mai. À cette occasion, la présidente du parti Marine Le Pen dévoilait devant quelque 2 000 militants les 12 premiers noms de sa liste. Une semaine plus tard, Florian Philippot, ex-vice-président du Front national – ancien nom du RN – et fondateur du parti Les Patriotes, était l’invité du matin de Frédéric Rivière sur RFI, lundi 21 janvier. Il y fustigeait la nouvelle ligne de son ancienne formation, qui n’a selon lui plus rien de souverainiste. Son argument : « Deux de leurs probables députés européens, messieurs Mariani et Garraud, troisième et neuvième de liste en position éligible, sont deux parlementaires sarkozystes qui ont voté le traité de Lisbonne. Ce qui est incroyable, une trahison extraordinaire. C’est le traité qui a annulé le résultat du référendum de 2005 sur la constitution européenne. »

L’EXPLICATION

Thierry Mariani et Jean-Paul Garraud, qui ont récemment rallié le RN – sans pour autant y adhérer – en vue des élections européennes, sont bien d’anciens députés de la droite. Le premier, en effet troisième sur la liste, a été député RPR, UMP puis LR du Vaucluse, de 1993 à 2010 puis en 2012 avant d’être élu par les Français établis hors de France, de 2012 à 2017. Il a entre-temps été secrétaire d’État puis ministre chargé des transports sous Nicolas Sarkozy.
Ce n’est que le 8 janvier dernier qu’il a annoncé sa démission du parti Les Républicains en vue de figurer sur la liste RN pour les européennes. Mais il militait déjà pour un rapprochement avec le parti de Marine Le Pen depuis plusieurs mois. Dès mars 2018, dans Le Journal du dimanche, l’ancien député appelait à « un accord ou un rapprochement » entre Les Républicains et le Front national. Auparavant en désaccord avec la volonté de sortir de l’Euro affichée par le FN lors des campagnes de 2017, il qualifie de « rassurante » l’évolution du discours de Marine Le Pen sur ce sujet.

Des positions communes avec l’extrême droite

En neuvième position sur la liste, on retrouve bien Jean-Paul Garraud. Ancien député de la Gironde, il a siégé de 2002 à 2012, lui aussi au sein du groupe UMP. En 2010, il a été le rapporteur du projet de loi visant à interdire le voile intégrale.
Depuis de nombreuses années, ces deux hommes partagent avec le parti d’extrême droite des positions sur l’immigration ou l’identité. Ils ont cofondés en 2010 le collectif parlementaire La Droite populaire, sur l’aile droite du groupe UMP. Tous deux sont intervenus à la tribune le 13 janvier. « J’ai franchi sans état d’âme la ligne rouge des moralistes de salon : je suis rentré en résistance ! », lançait Jean-Paul Garraud. Thierry Mariani, quant à lui, dénonçait ses anciens collègues : « À Bruxelles, loin de leurs discours souverainistes, Les Républicains votent comme Merkel et Juncker ! J’ai décidé de rejoindre la liste du Rassemblement National, sans réserve et avec enthousiasme ! »
Pour Florian Philippot, la présence de ces deux transfuges sur la liste RN prouve que ce dernier n’a pas gardé grand-chose de la ligne anti-européenne qu’il défendait en 2017. L’ex-vice-président du FN a raison sur un point : le 7 février 2008, ces deux députés ont bien voté pour la ratification du traité de Lisbonne, confirment les archives du site internet de l’Assemblée nationale. Ils ont ainsi fait le choix de la majorité des membres du groupe UMP (206 pour, 5 contre, 3 abstentions).

Lisbonne n’annule pas le référendum de 2005

Avant d’être ratifié, ce traité a été signé dans la capitale portugaise par les États membres, en décembre 2007. Il est entré en vigueur en décembre 2009. Il reprenait certaines dispositions du projet de traité constitutionnel de 2004, rejeté en France par le référendum de 2005. Parmi elles, le remplacement du Traité instituant la Communauté européenne (TCE) par le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE). Les institutions européennes ont été renforcées : le Conseil européen en est devenu une à part entière, avec un président élu pour deux ans et demi renouvelables une fois ; le Parlement européen a vu ses pouvoirs renforcés. Ces nouvelles prérogatives s’accompagnaient d’une reconnaissance explicite de la personnalité juridique de l’UE. Cela lui permet de conclure des traités ou d’adhérer à des conventions.
Mais le traité de Lisbonne va beaucoup moins loin que ce que prévoyait le projet de traité constitutionnel de 2004. Contrairement à ce que prévoyait ce dernier, il ne rassemble pas les traités précédents en un texte unique, il se contente de les amender. Le vocabulaire évoquant une démarche constitutionnelle (lois européennes, ministre des Affaires étrangères…) n’a pas été conservé. La Charte des droits fondamentaux n’était plus intégrée directement dans le traité, mais y était seulement mentionnée. La « concurrence libre et non faussée » ne figurait plus dans la liste des objectifs de l’Union.
Le traité de Lisbonne n’est donc pas un texte qui « annule » le résultat du référendum de 2005, comme le soutient Florian Philippot.

Nicolas Campitelli

Les sources à consulter

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