NICOLAS DUPONT-AIGNAN

« Notre pays n’a pas de frontières. Donc il ne contrôle pas ceux qui rentrent sur son sol »

Interrogé lors de l’émission « Le Grand Rendez-vous » d’Europe 1 dimanche 4 février 2018, Nicolas Dupont-Aignan, président du parti Debout la France, s’est exprimé sur la question de l’accueil des migrants sur le sol français qui n’est pas, selon lui, soumis à un contrôle aux frontières. Ce qui est faux puisqu’il a été rétabli provisoirement en vertu du code frontières Schengen.

LE CONTEXTE

Au lendemain du conseil national de son parti Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan a rappelé au micro du « Grand Rendez-vous » d’Europe 1, dimanche 4 février 2018, son désaccord face à la politique migratoire du gouvernement, en dénonçant notamment la situation humanitaire et les scènes de guérilla de ces derniers jours à Calais. « La situation à Calais est ahurissante et on ne traite pas les causes du problème », s’est-il insurgé. Pour expliquer ces dysfonctionnements dans la gestion de cette crise, il a pointé du doigt le fait que selon lui, la France « n’a pas de frontières. [Le pays] ne contrôle pas ceux qui rentrent sur son sol. Ensuite notre pays a un système social qui fait appel d’air de manière considérable ».

L’EXPLICATION

Selon le chef de file du parti Debout la France, l’absence de contrôle aux frontières serait à l’origine des problèmes de gestion de la crise migratoire. Ce constat est inexact. En effet, les frontières ont été rétablies temporairement en France le 13 novembre 2015. En réalité, hasard du calendrier, la date du 13 novembre avait été choisie non pas à cause des attentats, mais en raison de l’organisation de la COP21 à Paris. La menace terroriste avait justifié, dans un deuxième temps, leur maintien dans le cadre de l’état d’urgence.

Cette disposition qui devait s’achever le 31 octobre 2017 a ainsi été pour la quatrième fois prolongée jusqu’au 30 avril 2018 en vertu de l’article 25 du code frontière Schengen. Cela fait suite à la décision de la Commission européenne qui a proposé, le 27 septembre 2017, de modifier les règles de l’espace Schengen pour permettre de prolonger d’une durée d’un an, au lieu de six mois, les contrôles aux frontières intérieures. Le président Juncker avait justifié ces mesures en affirmant « la nécessité de réagir à l’évolution et à la persistance de menaces graves pour l’ordre public ou la sécurité intérieure ». « Les circonstances exceptionnelles auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui, notamment une menace terroriste accrue, nous ont conduits à proposer un code frontières Schengen mieux adapté à cette nouvelle ère », a ajouté le premier vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans.

Les contrôles aux frontières ne doivent être réintroduits que de manière exceptionnelle, qu’en cas de nécessité peut-on lire sur le site de la Commission européenne. Ainsi, ces prolongations peuvent être repoussées pour une durée maximum de deux ans. Le Conseil d’Etat avait par ailleurs rejeté en décembre 2017, le recours déposé par plusieurs associations afin d’obtenir l’annulation de la décision du gouvernement français de réintroduire un contrôle aux frontières intérieures suite à la modification du code frontières par la Commission européenne.

Outre la France qui a invoqué la menace terroriste, d’autres pays comme l’Autriche, l’Allemagne, le Danemark, la Suède et la Norvège, eux, ont mis en avant le motif de la crise migratoire pour bénéficier de ce retour des frontières.

Nicolas Dupont-Aignan a donc tort lorsqu’il affirme que la France n’a pas de frontières et donc pas de contrôles. Certes, conformément à la convention de l’espace Schengen, ce territoire européen de 26 états fonctionne comme un espace unique sans contrôle des frontières internes pour faciliter la libre circulation. Mais, il peut être amené dans certains cas à réintroduire provisoirement les frontières et les contrôles, comme c’est le cas jusqu’au 30 avril 2018 en France.

Clotilde Costil

Les sources à consulter

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