MARINE LE PEN

« Pour élire un député La France insoumise, il faut neuf fois moins d’électeurs qu’un député Front national et En Marche, sept fois moins qu’un député Front national »

La présidente du Front national, Marine Le Pen, est opposée au mode de scrutin majoritaire uninominal à deux tours. Ce système électoral aurait, selon elle, désavantagé son parti lors des dernières législatives en juin 2017. D’après elle, neuf fois moins d’électeurs ont été nécessaires pour pouvoir élire au second tour un député La France insoumise qu’un député Front national, et sept fois moins pour un député La République en Marche. C’est exagéré si l’on rapporte le nombre moyen de suffrages exprimés au nombre de sièges.

LE CONTEXTE

Sur le plateau de l’émission « Questions politiques » sur France Inter, dimanche 8 avril 2018, Marine Le Pen était invitée à réagir sur différentes questions d’actualité, dont la réforme des institutions initiée par Emmanuel Macron. Au menu de ce projet gouvernemental : la réduction du nombre de parlementaires et l’instauration d’un quota de 15% de députés élus à la proportionnelle. Ce mode de scrutin, défendu notamment par le Front national ou La France insoumise, permettrait une meilleure représentation de la diversité des opinions des électeurs à l’Assemblée nationale. Dans ce contexte, la numéro un du FN a rappelé son adhésion la plus totale à la proportionnelle. « C’est très sain parce que tous les Français se sentent entendus et donc représentés. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », a-t-elle dit, avant d’ajouter : « Pour élire un député La France insoumise, il faut neuf fois moins d’électeurs qu’un député Front national et En Marche, sept fois moins qu’un député Front national. Avec le nombre d’électeurs que nous avons fait aux législatives rapportés au nombre de députés élus, pour élire un député du Front national, croyez-moi, il faut du monde. »

L’EXPLICATION

En juin 2017, au lendemain des élections législatives qui ont vu le parti d’Emmanuel Macron arriver en tête, Marine Le Pen avait exprimé sa déception au micro de BFM TV : « Si nous étions à la proportionnelle, c’est 120 députés que nous aurions eu », contre huit avec le système actuel. Si l’on recalcule les résultats de cette élection avec les critères du scrutin proportionnel, qui ne comporte qu’un seul tour, le Front national aurait obtenu environ 75 sièges, certes plus que les huit actuels, mais pas autant que ce qu’estime Marine Le Pen.

Aujourd’hui, à l’heure de la réforme des institutions, la présidente du FN s’est à nouveau lancée dans une série de calculs. D’après elle, le scrutin majoritaire a favorisé certains partis, en premier lieu La France insoumise et La République en Marche. Ont-ils pu élire leur député avec respectivement, neuf fois moins et sept fois moins d’électeurs que le Front national ? Le premier calcul est faux. En effet, sur les 883 573 voix pour la France insoumise, 17 sièges ont été obtenus au second tour. Du côté du Front national, sur les 1 590 863 voix, 8 sièges ont été attribués. Deux simples divisions permettent de comprendre qu’il aura fallu, non pas neuf fois, mais quatre fois moins d’électeurs pour élire un député FI qu’un député FN. Pour parvenir à ce chiffre, il faut diviser le nombre de voix (883 573 et 1 590 863) par le nombre de sièges ou de députés (17 et 8). On obtient alors deux moyennes d’électeurs par siège correspondant respectivement à celle de la France Insoumise et du Front national : 51 974 et 198 857, que l’on divise ensuite l’une par l’autre pour obtenir le chiffre 4. Il faut donc quatre fois plus d’électeurs pour élire un député du Front national qu’un député de La France Insoumise.

Le second calcul est cependant exact : il faut bien sept fois plus d’électeurs pour élire un député Front national qu’un député La République en marche. En suivant la même méthode de calcul, 7 826 245 suffrages ont été accordés à La République en marche pour 306 sièges au final. Cela donne une moyenne de 25 575 électeurs par siège. Il faut ensuite diviser 196 857 par 25 575 pour atteindre le chiffre sept. Ainsi, comme le dit Marine Le Pen, il faut bien sept fois plus d’électeurs au Front national pour élire un député par rapport à la République en Marche.

Cet écart important entre le Front national et les autres partis peut s’expliquer notamment par le front républicain contre lui, auquel appellent les autres partis lors du second tour des élections. Le scrutin majoritaire étant à deux tours, il est très rare pour le parti d’extrême droite de s’imposer en situation de duel final.

Clotilde Costil

Les sources à consulter

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