Photo : David G. Silvers/Creative Commons

 

Le 19 novembre, la justice suédoise a abandonné les poursuites pour viol contre Julian Assange. L’occasion de revenir sur Wikileaks, la plateforme d’information qu’il a créée. Depuis douze ans, celle-ci occupe une place centrale sur la scène médiatique internationale. Le site a publié plus de dix millions de documents : scandales d’espionnage, de corruption ou violation des droits de l’homme. Les révélations du Cablegate illustrent les ambitions et les limites de la plateforme.

 

Réfugié depuis 2012 à l’ambassade d’Équateur à Londres, le fondateur de Wikileaks Julian Assange a été arrêté le 11 avril 2019. Cédant à la pression du gouvernement étatsunien, le président Lenin Moreno déchoit le militant de sa nationalité équatorienne. Il ne bénéficie donc plus de l’asile politique.
En février 2020, une audience de cinq jours statuera sur son éventuelle extradition aux États-Unis. Cette demande a été formulée par la justice américaine dans le cadre de l’affaire du Cablegate. Pour ces faits d’espionnage, il encourt une peine pouvant aller jusqu’à cent soixante-quinze ans de prison.

 

Des millions de documents confidentiels à portée de clic

 

Dans cette affaire, l’ancien soldat américain Chelsea Manning a été arrêtée par la police militaire. En 2010, elle transmet à Wikileaks plus de 250 000 documents révélant de graves atteintes aux droits de l’homme de l’armée américaine pendant les guerres en Afghanistan et en Irak. La lanceuse d’alerte est libérée en mai 2017 après avoir passé sept ans en prison. Elle est aujourd’hui incarcérée à nouveau pour son refus de témoigner contre Julian Assange. La publication de l’identité de Chelsea Manning montre une faille dans le système d’anonymisation des sources de la plateforme.

 

Fondé en 2006 par des dissidents chinois, des mathématiciens et des experts en technologie des Etats-Unis, de Taiwan, d’Europe, d’Australie et d’Afrique du Sud, Wikileaks fonctionne sur un principe simple. Des informateurs envoient des documents sur la plateforme via une connexion sécurisée. Sur la plateforme, le bouton « submit » permet l’accès à une boîte aux lettres virtuelle. C’est à partir de cet outil que sont recueillis les renseignements. Wikileaks y recommande l’utilisation de Tor, un réseau informatique qui permet de rendre anonyme l’origine des connexions.

 

Une fois les documents transmis, ils sont édités dans le but de protéger les sources. Dans le cas des fichiers afghans, la plateforme a recueilli environ 100 600 documents et en a supprimé 15 000.

 

2010 : changement de cap

 

Entre 2007 et 2010, Wikileaks diffuse les informations exclusivement sur son site. Dès juillet 2010, l’organisation collabore avec des médias de renom comme Le Monde, The New York Times ou encore The Guardian. Wikileaks assure garantir des moyens de communication sécurisés entre la plateforme et des centaines d’organismes médiatiques à travers le monde.

Le but est double : garantir un meilleur accès à l’information et éviter certaines mentions pouvant porter atteinte à la sécurité des particuliers. L’affaire du Cablegate est emblématique de cette collaboration entre de grands médias nationaux et Wikileaks.

Les médias partenaires se chargent alors de publier des articles en préservant l’anonymat de certaines personnes impliquées. Les premiers titres ayant participé à la diffusion des informations recueillis par Wikileaks sont The New York Times aux Etats-Unis, The Guardian au Royaume-Uni, Der Spiegel en Allemagne, Le Monde en France et El Pais en Espagne. Environ 120 journalistes de ces médias ont travaillé ensemble et établi quels télégrammes qui seraient publiés.

Une transparence ambiguë

En septembre 2011, Wikileaks diffuse l’intégralité des documents relatifs au Cablegate. Sur les 250 000 télégrammes publiés, 15 000 étaient estampillés « secrets ». En conséquence, plusieurs agents de renseignement à l’étranger et leurs sources ont été exposées et ont dû être mutées ou exfiltrées. Les gouvernements étrangers s’indignent et les médias partenaires aussi. Le Guardian et Der Spiegel évoquent une faille dont Wikileaks serait le responsable. « Le fichier intégral aurait été mis en ligne par erreur par des membres de Wikileaks il y a plusieurs mois, comme s’il s’agissait d’archives déjà publiées » explique le quotidien allemand.

La proximité entre Julian Assange et le pouvoir russe soulève aussi de nombreuses questions en matière de transparence. En 2012, le porte-parole de Wikileaks possède sa propre émission The World Tomorrow sur la chaîne pro-Kremlin RT. De plus, l’obtention de mails de campagnes d’Hillary Clinton grâce à des hackers russes quelques mois avant l’élection présidentielle américaine de 2016 viennent renforcer cette ambiguïté.

Malgré toutes ces difficultés, l’objectif de Julian Assange est clair : faire de Wikileaks l’organe de renseignement le plus puissant au monde.

Amandine Sanchez

Pourquoi on en parle. Le 19 novembre 2019, le parquet suédois abandonne, les charges à l’encontre du fondateur des Wikileaks. Eva-Marie Persson, la procureure en chef adjointe, en charge de l’affaire, justifie la décision : « Tous les actes d’enquête ont été épuisés […] sans apporter les preuves requises pour une condamnation. »
Depuis août 2010, Julian Assange était accusé par une Suédoise de viol et d’agression sexuelle en marge d’une conférence donnée à Stockholm. Il a toujours nié les faits de viol.
En 2017, la justice a classé l’affaire, faute de preuves et vu l’impossibilité du mis en cause à comparaître. En mai 2019, le parquet suédois a rouvert l’enquête suite à l’arrestation de Julian Assange à Londres. Mais pour arriver au constat de la procureure que « Beaucoup de temps s’est écoulé depuis les faits avec pour conséquence d’affaiblir les éléments de preuve. »
Dernière manœuvre juridique possible pour la partie civile : faire appel de la décision. À compter du 17 août 2020, les faits seront prescrits.

Marie Desevedavy et Lucie Diat

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