(Photo : Thomas Pesquet lors d’une conférence de presse à Paris, en novembre 2015. AFP PHOTO / Kenzo Tribouillard)

À bord de la Station spatiale internationale depuis le 20 novembre 2016, Thomas Pesquet s’est posé dans les steppes russes à bord de la capsule Soyouz le 2 juin à 16h09 heure de Paris, comme prévu. Le voyage a même été rallongé de 19 jours, le retour étant originellement prévu le 15 mai. Sportif (il est notamment ceinture noire au judo), maîtrisant six langues dont le russe, travailleur hors normes, Thomas Pesquet suscite chez tous l’envie de dénicher des défauts tant sa personnalité semble s’approcher de la figure du héros. Portrait d’un grand optimiste qui a apprécié tout ce qu’il a pu faire et voir dans l’ISS, avec l’envie de partager son aventure au quotidien.

Né à Rouen en 1978 de parents enseignants, Thomas Pesquet a tout de quelqu’un « d’ordinaire », comme il aime à le rappeler. Quelqu’un « d’ordinaire, qui va vivre des choses extraordinaires », disait-il en novembre au JDD. En effet, Thomas Pesquet a toujours été bon élève, passant par deux ans de classe préparatoires Maths sup – Maths spé après le baccalauréat. Après avoir intégré Supaéro, l’Institut Supérieur de l’Aéronautique et de l’espace de Toulouse, il entre en 1999 au Centre National d’Etudes Spatiales (CNES) en tant qu’ingénieur de recherche. C’est là qu’il fait ses premiers pas dans le monde de l’espace, en travaillant sur diverses problématiques autour des missions spatiales et en développant des projets conjointement avec des équipes du monde entier. Son rêve est alors de devenir pilote d’avions, ce qu’il concrétise en finissant premier de la formation des cadets d’Air France. En 2006, après deux ans de formation, il effectue ses premiers vols. Il compte aujourd’hui près de 2 300 heures de vol, notamment sur A320.

En 2008, il postule pour intégrer le corps européen des astronautes après que l’Agence spatiale européenne (ESA) a annoncé lancer une campagne de recrutement. Il est sélectionné en compagnie de cinq autres postulants parmi 8 413 candidats. Il entre à l’ESA en septembre 2009.

La présentation des six astronautes recrutés par l’ESA en mai 2009, dont Thomas Pesquet (AFP PHOTO / Stéphane de Sakutin).

Un entraînement hors du commun

La majorité des entraînements des astronautes de l’ESA se déroulent à Cologne, en Allemagne, au Centre européen des astronautes (EAC). À peine entré, avec ses cinq collègues de promotion, Thomas Pesquet commence par suivre une formation initiale de 18 mois. On lui enseigne notamment les techniques et procédures médicales de base dans l’espace, de la mécanique de l’espace et d’autres disciplines propres aux astronautes. Passage essentiel pour rejoindre la Station spatiale internationale (ISS), l’apprentissage du russe a été la partie « la plus difficile de l’entraînement » selon Thomas Pesquet. Autre étape de la préparation : le vol parabolique à bord d’un airbus modifié, qui permet aux astronautes de goûter à quelques secondes de micropesanteur. Lorsque l’avion entame sa chute, avec un angle de 47°, les astronautes ont un poids nul et se mettent à flotter quelques secondes et peuvent ainsi simuler des expériences spatiales. Ils peuvent observer et étudier, par exemple, le liquide sortant d’un verre en formant une boule.

Les astronautes enchaînent aussi des stages de survie de plusieurs jours dans des milieux hostiles, en été comme en hiver. Les plus impressionnants : les stages de survie dans le froid intense de l’hiver sibérien, durant lesquels les astronautes doivent construire leur propre refuge en abattant eux-mêmes les arbres gelés.

À l’issue de ce qui ne constitue « que » la formation initiale, il devient Eurocom. L’Eurocom est l’astronaute relais qui permet la communication entre les astronautes vivant dans l’ISS et les ingénieurs et scientifiques. Il doit donc être disponible en permanence. En parallèle, le Rouennais poursuit sa formation. Nouveaux stages en environnements extrêmes, spéléologie, pilotage de la capsule Soyouz, utilisation d’un scaphandre, plongée dans une réplique de l’ISS, etc. : l’entraînement suivi par Thomas Pesquet aux quatre coins du monde ne fait que s’intensifier avec le temps. Autre étape de cette préparation à la survie dans tous types de milieux : les missions sous-marines NEEMO (NASA Extreme Environment Mission Operations), durant lesquelles les astronautes deviennent des « aquanautes » pendant une dizaine de jours en vivant dans une capsule sous-marine et en effectuant des sorties extravéhiculaires comme dans l’espace.

Thomas Pesquet lors d’une sessions d’entraînement à Moscou, en octobre 2016 (AFP PHOTO / Kirill Kudryavtsev).

Le 17 mars 2014, l’ESA annonce que Thomas Pesquet ira dans l’ISS en novembre 2016, dans le cadre de la mission Proxima. Dès lors, le Français complète son entraînement et débute une préparation spéciale. L’apprentissage du fonctionnement de la Station spatiale internationale et des capsules ainsi que la maîtrise des expériences à mener constituent son pain quotidien. En outre, il effectue de nouveaux stages de survie dont un au milieu de l’eau. Le principe est de simuler un amerrissage du Soyouz, en compagnie de l’Américaine Peggy Whitson et du Russe Oleg Novitskiy, désignés pour partir dans l’ISS avec lui. Avec l’objectif de se souder et de développer un fort esprit d’équipe.

Les séances de musculation rythment également son quotidien, à raison de deux heures par jour. Il est indispensable d’être en parfaite forme physique pour vivre à bord de l’ISS, tant la perte de masse musculaire et osseuse est importante, conséquence de l’absence de gravité. La formation a donc été complète, tant physique, technique, scientifique que psychologique. En somme, Thomas Pesquet a suivi une préparation de sept ans pour effectuer une mission d’un peu plus de six mois à bord de la Station spatiale internationale.

« 3, 2, 1, 0… Lift-off »

Quelques jours avant son départ, Thomas Pesquet est placé en quarantaine, tout comme ses deux compagnons de voyage, à proximité de la base de lancement de Baïkonour. Ce site est le cosmodrome le plus actif au monde, situé dans les steppes du Kazakhstan et louée par la Russie (le contrat signé en 2004 s’étend jusqu’en 2050). Le Français, l’Américaine et le Russe sont confinés au sein de l’hôtel des cosmonautes de Baïkonour, encadrés par des médecins, dans le but d’éviter la contamination de l’ISS avec le moindre microbe.

Jeudi 17 novembre 2016, à 21h20 (heure de Paris), les trois astronautes décollent à bord de la capsule Soyouz, d’une taille de six mètres cubes environ. Après plus de 48 heures de « voyage », ils s’amarrent à l’ISS et retrouvent les trois astronautes déjà présents.

Les projets scientifiques de Thomas Pesquet à bord de l’ISS © Infographie CNES, 2016

Mission Proxima

C’est en référence à la plus proche étoile du Soleil que Thomas Pesquet nomme sa mission Proxima. Par cela, il perpétue la tradition des dix Français dans l’espace qui consiste à baptiser les missions des astronautes du nom d’une étoile ou d’une constellation. Ici, le choix a été difficile pour l’astronaute, qui a dû élire la meilleure des 1300 propositions recueillies lors d’un concours organisé par l’ESA en 2015. C’est un jeune Toulousain de 13 ans qui avait alors proposé de mettre en valeur l’étoile Proxima du Centaure. Le Centre national d’études spatiales (CNES) précise que le jeune garçon s’est justifié du choix de ce nom. « Proxima rime aussi avec proximité et évoque l’idée que les vols habités ont des retombés directes pour les gens sur Terre. », a expliqué le jeune Haut-Garonnais.

Sur son site, le CNES fait part de ses choix sémiologiques quant à l’édition de l’écusson de la mission. « Le « x » de Proxima, placé au centre de l’écusson, symbolise l’étoile Proxima du Centaure. Il fait également référence à l’inconnu et au fait que Thomas Pesquet est le dixième astronaute français à se rendre dans l’espace. Les trois lignes verticales de couleur forment la silhouette de la Station spatiale internationale et représentent la Terre, la Lune et Mars, tout en étant un clin d’œil au drapeau français. Les traînées d’étoiles évoquent les futures missions habitées au-delà de l’orbite terrestre basse », précise le Centre d’études spatiales.

Thomas Pesquet lors de la présentation de la mission Proxima, en octobre 2015 (AFP PHOTO / Kenzo Tribouillard).

L’avenir de la Terre se joue dans l’espace

Pour ce qui est réellement de la mission, l’ESA, le CNES et la NASA ont commandé à Thomas Pesquet la coordination de près de 300 expériences scientifiques dans tous les domaines. Physique, mécanique, électronique, biologie, et physiologie humaine : le programme est toujours chargé à bord de l’ISS. L’objectif de ces recherches est de pouvoir élaborer, ultérieurement, des missions spatiales plus poussées à destination de la Lune, de Mars, ou d’un astéroïde. Mais il ne faut pas minimiser les retombées de ces expériences sur le quotidien des Terriens, que l’astronaute ne cesse d’observer depuis les hublots de la station spatiale. Thomas Pesquet a testé des prototypes de surfaces innovantes capables d’empêcher les bactéries de se poser ou de proliférer, ainsi qu’un appareil d’analyse de la potabilité de l’eau, trois fois plus rapide que ceux utilisés actuellement.

La plus dense des expériences a été commanditée par la NASA. Elle porte sur les effets sur le corps humain de la microgravité, lors d’un séjour dans l’espace. C’est d’ailleurs pour cela qu’à bord de l’ISS, comme durant toute leur préparation, les astronautes doivent maintenir une activité physique intense. C’est donc à 400 kilomètres au-dessus de nos têtes que notre avenir scientifique, notre physique et nos technologies médicales sont étudiés. Le CNES précise que « les scientifiques espèrent parvenir à en savoir plus sur les compétences cognitives et motrices, ainsi que sur les os et la santé musculaire, dans la perspective des futures missions d’exploration de l’espace. »

Avant et après la mission Proxima, le cerveau, les os et les muscles de Thomas Pesquet sont l’objet des études de chercheurs, qui souhaitent étudier l’impact des vols spatiaux sur les êtres humains. À bord de la Station, le Français teste, de son côté, une nouvelle génération de capteurs médicaux et d’autres technologies physiques et médicales. Il témoigne, sur le site du CNES : « Si nous partons dans l’espace, ce n’est pas pour nous-mêmes, mais parce que nous croyons que c’est utile pour tout le monde sur Terre. C’est une aventure collective, née des rêves et du travail d’une multitude de personnes. C’est pourquoi je tiens à la faire partager au plus grand nombre. »

Thomas Pesquet a aussi effectué deux sorties extravéhiculaires, afin de moderniser le système d’alimentation électrique de la Station. Pour sa première sortie dans l’espace, le 13 janvier 2017, le Français est accompagné de l’Américain Shane Kimbrough et guidé depuis Houston. Luca Parmitano, un astronaute Eurocom italien de sa promotion, guide Thomas Pesquet depuis la base de la NASA au Texas. L’astronaute français a dû, pendant des mois sur Terre et des semaines dans l’ISS, se préparer méticuleusement à ces deux sorties. Au sol, la coordination avec les experts de la NASA ne laisse rien au hasard. « Chaque détail a été étudié au préalable, y compris l’ordre par lequel les outils et équipements doivent être attachés au scaphandre. », précise le CNES.

Rien à voir avec Gravity

Une fois dehors, après qu’ils ont été préparés au changement de pression et de confort, les astronautes découvrent le grand vide de l’espace dans un nouveau scaphandre très lourd et très rigide. « Saisir un outil, ouvrir un crochet, c’est comme écraser une balle de tennis à chaque mouvement. Pendant six heures ! », précise le Français. Mais pas de panique, la vérité est bien différente de Gravity, le film d’aventure spatiale durant lequel les deux astronautes protagonistes sont livrés à eux-mêmes, totalement détachés de leur station spatiale. En réalité, les astronautes sont bel et bien attachés à l’un des supports dédiés de l’ISS, tels des alpinistes. Tout au long de leur mission, c’est avec la plus grande précaution qu’ils doivent œuvrer. Notamment pour ce qui est de leur scaphandre, auquel les astronautes doivent sans cesse prêter attention. Le moindre trou peut entraîner de graves conséquences, car il entraînerait une forte et rapide dépressurisation. Chaque mission extravéhiculaire est un rude et éprouvant effort physique pour les astronautes. Pendant plusieurs heures (plus de six heures pour la première sortie de Thomas Pesquet), ils n’ont droit à aucune pause, ne peuvent ni manger ni aller aux toilettes. Ils peuvent seulement boire de l’eau (et plus amusant, se gratter) grâce à l’équipement prévu dans leurs casques.

Un emploi du temps réglé à la minute

Mais ces missions extravéhiculaires ne prennent pas vraiment la plus grande place dans l’emploi du temps de l’astronaute. En dehors de ces journées « extraordinaires », Thomas Pesquet détaille sur son blog sa journée-type. Et on peut facilement se rendre compte que même à 400 kilomètres de la Terre, tous les jours ne sont pas reposants ; la to-do-list de Pesquet et de ses collègues ne cesse, chaque jour, de s’étoffer. « Quelque part, à Houston ou à Moscou, il existe un tableau Excel monstrueux, avec mon emploi du temps pour les six prochains mois. », s’amuse-t-il.

Thomas Pesquet pose en compagnie de Peggy Whitson et d’Oleg Novitski devant Soyouz (AFP PHOTO / Kirill Kudryavtsev).

Dès le lever (non pas du jour, mais des astronautes), l’équipage doit « s’imprégner du programme de la journée, envoyé par le centre de contrôle dans la nuit », précise Thomas Pesquet sur son blog. Vient ensuite un échange quotidien entre les astronautes et les équipes de la NASA au sol, « à propos du planning de la journée et d’éventuelles questions ». Tout le programme parfaitement convenu, Thomas Pesquet rejoint le laboratoire Columbus, afin d’effectuer tous types d’expériences et d’études scientifiques. Sur le site du CNES, on peut d’ailleurs retrouver toutes les expériences menées depuis l’ISS.

Sur son blog, encore une fois, Thomas Pesquet précise que ces missions ont un intérêt à la fois pour les futures missions spatiales, et à la fois pour améliorer la vie sur Terre. Après la recherche, le Normand doit consacrer une bonne moitié de son temps dans la Station pour sa maintenance. Car c’est bel et bien une grande maison, où vivent de trois à six personnes, qui flotte au-dessus de nos têtes. Et les astronautes doivent veiller sur toutes les installations. Aussi bien sur les toilettes que sur les eaux usées, l’évacuation des fumées ou encore le rangement dans les différents espaces.

Tout l’équipage doit attendre la fin de la « journée », vers 17 h, pour pouvoir relâcher la pression. Mais leur temps de travail n’est pour autant pas fini. Les astronautes entretiennent leur condition physique mise à l’épreuve par l’impesanteur durant deux heures Avant leur quartier libre du soir, les astronautes-chercheurs établissent un dernier contact avec les équipes de la NASA à Terre. La « conférence de clôture » permet de « s’assurer que tout est en ordre et que le programme de chacun a bien été bouclé », ajoute Thomas Pesquet sur son blog.

« Thom_astro » connecté

Enfin, le soir, comme les week-ends, les astronautes peuvent se détendre et se consacrer à leurs occupations personnelles. Mais souvent, les astronautes préfèrent passer leur temps libre ensemble, à admirer la planète Terre, ou plus simplement des séries et films. C’est aussi le moment pour certains de communiquer avec leurs familles et leurs proches ; ou bien de partager leur travail et leur vie à bord de l’ISS sur leurs blogs ou réseaux sociaux.

Le partage : c’est d’ailleurs ce que retiendra de son séjour dans l’espace la majorité des 550 000 abonnés Twitter de Thomas Pesquet. Chaque jour, sur les comptes Twitter, Facebook et Instagram de l’astronaute français sont publiés ses plus beaux clichés de la Terre vue de l’ISS sur ses comptes. De tous les continents, de quasiment toute la surface du globe, « Thom_astro » a partagé une magnifique carte postale, autant de jour que de nuit, grâce au logiciel de navigation qu’il utilise pour « parcourir » le globe. Depuis le début de sa mission en novembre 2016, il est considéré dans la Station comme le plus connecté des astronautes.
Protecteur de l’environnement

Thomas Pesquet profite de la plus belle fenêtre sur la Terre pour honorer sa place de « meilleur ambassadeur de France dans l’espace », selon les mots de l’ancien Président François Hollande. Ce dernier n’avait pas manqué de souligner les qualités humaines et pédagogiques du jeune ingénieur et astronaute. Thomas Pesquet, de son côté, se satisfait pleinement de sa mission de communication. « La recherche qu’on fait ici, c’est pour que ce soit utile. Donc, je trouve important de l’expliquer, d’en parler aux gens », expliquait-il quelques semaines après le début de sa mission. Si c’est d’abord pour lui une bonne partie de plaisir que d’immortaliser toutes les facettes du globe, l’astronaute ne s’arrête pas à décrire sa routine au sein de l’ISS.

Il profite de sa place pour témoigner de la pollution causée par l’Homme sur sa propre planète. « On voit des embouchures de fleuves qui sont très sales, noires ou marron. […] Avec les photos d’astronautes, on se rend compte que les glaces fondent, on voit les coupes dans la forêt de l’Amazonie. On se rend compte de l’activité humaine et ça fait vraiment réfléchir », insiste-t-il sur son blog. Selon ses dires : « On croit toujours qu’on est le centre du monde en tant qu’être humain… ce n’est peut-être pas tellement le cas. Cette planète, elle est tellement belle. Maintenant que je l’ai vue de mes yeux en prenant du recul, il faut la faire durer le plus longtemps possible, il faut la protéger ». Un véritable lanceur d’alerte et ambassadeur de la planète…

Thomas Pesquet a été très présent dans les médias depuis son départ. Il a multiplié les interviews, et les interactions avec son public sur Terre : expériences en direct, échanges avec des classes et même des collaborations musicales. Le 19 avril, l’astronaute, qui est également un grand saxophoniste, n’a pas hésité à mouiller le maillot du XV de France, en lançant depuis l’espace la Pitxuri, reprise en direct par sa fanfare de Supaéro Toulouse.

Un fort enjeu financier

Cette communication s’inscrit également pour Thomas Pesquet dans une stratégie budgétaire. « En soulevant un intérêt général pour l’exploration spatiale, la NASA, l’ESA ou le CNES veulent convaincre les gouvernements de leur accorder suffisamment de fonds en ces périodes de rigueur budgétaire », écrit le site Slate.fr. En effet, les astronautes ne perdent pas de yeux l’enjeu financier de cette conquête de l’espace. Le même média rappelle que le budget alloué à l’ESA était de 5,2 milliards d’euros en 2016. Celui de la NASA s’élevait à 18,5 milliards de dollars.

Le dixième Français dans l’espace

Thomas Pesquet, plus jeune astronaute européen à être envoyé dans l’espace, est aussi l’unique Français à séjourner aussi longtemps dans l’ISS (196 jours d’affilée). Mais qui sont ses neuf prédécesseurs ? Le pionnier, c’est Jean-Loup Chrétien, né en 1938. Il est le premier Français à être allé dans l’espace, à bord de la station spatiale russe Salyut en 1982. Il y retourne en 1988, cette fois à bord de la station russe Mir et devient alors le premier non-Américain et non-Russe à effectuer une sortie dans l’espace. Patrick Baudry effectue, quant à lui, une mission de sept jours dans la navette américaine Discovery en 1985. Michel Tognini et Jean-Pierre Haigneré séjournent tous deux dans la station Mir dans les années 1990, le second détenant le record français de temps passé dans l’espace (209 jours, en deux expéditions). Jean-François Clervoy et Jean-Jacques Favier passent quelques jours dans des navettes à la fin des années 1990. Claudie Haigneré est la première et toujours la seule Française à avoir voyagé dans l’espace. Elle est aussi la première femme spationaute de l’ESA. Elle passe 25 jours dans l’espace, à bord de Mir puis de la Station spatiale internationale, respectivement en 1996 et 1999. Philippe Perrin rejoint l’ISS en 2002 pour une mission de treize jours, et Léopold Eyharts était le dernier spationaute Français avant Thomas Pesquet. Il a effectué une mission en 1998 sur la station Mir, puis en 2008 dans l’ISS.

Jean-Loup Chrétien à bord de la navete Atlantis, en 1997 (AFP PHOTO / NASA / NASA IMAGE).

Quelques repères sur l’ISS

La Station spatiale internationale,  première base permanente de l’humanité dans l’espace, est un grand projet commun à une quinzaine de pays dont les États-Unis, la Russie, le Japon, et des pays Européens (dont la France). C’est un grand assemblage de modules, qui a débuté en 1998 et qui doit se terminer en 2018. Elle est occupée en continu par des astronautes depuis 2000 qui constituent des expéditions (de six astronautes aujourd’hui). Thomas Pesquet fait partie des expéditions 50 et 51.

Le coût de l’ISS est supérieur à 100 milliards de dollars, ce qui en fait la construction humaine la plus chère de l’histoire. Sa masse est d’environ 420 tonnes, sa taille est de 108 mètres par 73 mètres. Elle évolue en orbite à un peu plus de 400 km d’altitude, à une vitesse de 27 600 km/h. Les spationautes effectuent donc le tour de la terre en 90 minutes, et peuvent profiter de 16 couchers et levers de soleil en 24 heures. On peut apercevoir l’ISS dans le ciel, le site de la NASA permet de savoir quand précisément.

Si la mission Proxima a touché à sa fin, toute la mission de Thomas Pesquet n’est pas terminée. Depuis son retour sur Terre, l’astronaute français (comme le Russe Oleg Novitsky) est pris en charge par les scientifiques et médecins de la NASA. Prises de sang, de tension,  analyses musculaires, osseuses et cérébrales, ou encore biopsies : les premiers jours après son retour sont très chargés. Après un atterrissage contrôlé sur Terre avec Oleg Novitsky, il a subi des premiers contrôles médicaux. Il s’est ensuite orienté vers Cologne pour effectuer les derniers tests dans le cadre de sa mission Proxima. Après ces dernières obligations, Thomas Pesquet pourra enfin retrouver ses proches et se reposer.

Thomas Pesquet au téléphone quelques minutes après son arrivée dans les steppes kazakhes le 2 juin 2017.

Thomas Pesquet au téléphone quelques minutes après son arrivée dans les steppes kazakhes le 2 juin 2017 (AFP PHOTO/ Shamil Zhumatov).

L’astronaute français va pouvoir se réconcilier avec « les petites choses de la vie auxquelles on ne pense pas, comme se jeter sur son lit et se laisser emporter par la fatigue dans les oreillers, une bonne douche bien chaude, de la nourriture fraîche, un verre de vin, du fromage, se promener dehors, la pluie, le vent, la nature en général », comme il le détaillait à France-Info lorsqu’il était encore en mission. « Ici c’est un environnement extrêmement technique, technologique, ce n’est pas très naturel à part les trois salades qu’on fait pousser dans le laboratoire Colombus », expliquait-il.

Thomas Pesquet rêve déjà à de futures expéditions. « Aller sur Mars, ce serait le rêve total, imaginez sur une planète où personne n’est jamais allé, nous serions les premiers (…) ce serait complètement incroyable, l’aventure technologique du siècle », a aussi confié l’astronaute à France-Info. « Même si je dois rester au sol, j’espère que j’en ferai partie et que j’aiderai à faire en sorte que cela se passe. »

Chaque semaine, Franceinfo a consacré une émission radio à la mission Proxima et à Thomas Pesquet. Pendant six mois, l’astronaute a détaillé son quotidien, ponctué d’anecdotes et de points techniques.

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