Lundi 19 septembre 2016, la trêve d’une semaine dans le conflit syrien prenait fin. Les bombardements reprenaient sur Alep, ville martyre devenue le théâtre d’affrontements acharnés. Alors que la Russie est accusée de crimes de guerre, que des convois humanitaires ont été bombardés et que des milliers de migrants continuent à rallier l’Europe, que savons-nous vraiment de la guerre en Syrie ? Dans quel contexte s’inscrit-elle ? Qui s’y opposent ? Quelle est la situation actuelle ? Petit récapitulatif.
(Photo : Un enfant syrien ramasse des objets au pied d’un immeuble bombardé, dans le quartier rebelle de Douma, à l’Est de Damas, le 3 octobre 2016 – AFP PHOTO / Abd Doumany)


Le contexte du conflit

Les séquelles de la domination européenne

Jusqu’à la fin de la première guerre mondiale, l’actuel territoire syrien fait partie de l’Empire ottoman. Mais ce dernier sort perdant de la guerre et est contraint d’abandonner son contrôle sur le Proche Orient. L’idée de regrouper tous les peuples de langue arabe au sein d’un seul et même pays fait alors son apparition, c’est le panarabisme. Mais les deux grands gagnants de la guerre, les Britanniques et les Français, en décident autrement. Ils mettent en application les accords Sykes-Picot, signés en 1916, qui prévoient la mise sous tutelle des territoires autrefois ottomans. Des frontières sont tracées, divisant le Proche Orient en différentes entités. La Syrie moderne restera sous administration française jusqu’à son indépendance en 1946.

La religion : un facteur de tensions

Le Proche Orient est une région majoritairement musulmane. Mais l’islam est divisé en deux branches distinctes : le sunnisme et le chiisme. La division s’est faite en 661, à la mort d’Ali, quatrième successeur de Mahomet. Ce dernier n’ayant pas désigné de successeur, les sunnites demandent à ce qu’un nouveau chef religieux soit élu. Mais pour les chiites, c’est le gendre de Mahomet qui doit prendre la succession. Pour eux, les sunnites sont des imposteurs. Il s’agit donc d’une division religieuse mais aussi politique. Cette rivalité entre sunnites et chiites est un facteur de tension au Proche Orient, ravivée par des luttes d’influence entre les puissances régionales que sont l’Arabie Saoudite et l’Iran et instrumentalisée par les groupes extrémistes.

La dictature des Assad

En Syrie, la religion est un facteur de tensions permanentes. En effet, après l’indépendance, plusieurs coups d’États s’enchaînent et le pays ne parvient pas à rester stable. C’est à cette époque que s’affirme l’idée du panarabisme, sous la forme du parti Baas.
En 1971, Hafez El-Assad (le père de Bachar El-Assad), membre du parti Baas, accède au pouvoir par la force. Le Baas devient alors le parti dominant du pays et le système politique de référence.

En Syrie, 70% de la population est sunnite et 13% est alaouite, une minorité issue du chiisme. C’est pourtant de cette communauté qu’est issu Hafez El-Assad et les principaux dirigeants du pays. Le fait que la minorité alaouite soit au pouvoir contrarie la majorité sunnite. Les Kurdes de Syrie, majoritairement sunnites, protestent également contre les discriminations dont ils sont victimes. Enfin, le pays compte presque 10% de chrétiens.

En 2000, à la mort d’Hafez El-Assad, c’est son fils Bachar qui lui succède. Les Syriens espèrent alors une certaine libéralisation, un vent démocratique souffle sur le pays : c’est le Printemps de Damas. Malheureusement, ce printemps sera de courte durée et les opposants au régime sont réprimés ou emprisonnés.

Le Printemps Arabe

En décembre 2010, des manifestations contre le gouvernement commencent en Tunisie et s’étendent peu à peu au monde arabe. Le Printemps arabe en Syrie commence dans la ville de Deraa le 15 mars 2011. Cette ville fait partie des régions écartées du développement économique par le régime de Damas. Le 18 mars 2011, des manifestations ont lieu dans plusieurs grandes villes du pays. Elles sont violemment réprimées par les forces de l’ordre, faisant quatre morts et une centaine de blessés. La révolte s’étend ensuite au reste du pays. Le régime envoie l’armée pour lutter contre les manifestants, faisant des milliers de morts, notamment lors du Ramadan de l’été 2011. Peu à peu, de nombreux militaires de confession sunnite refusent d’obéir aux ordres du régime alaouite et se joignent aux rebelles. Le mouvement de protestation initial se transforme alors en conflit entre l’armée loyaliste de Bachar El-Assad et les rebelles majoritairement sunnites. C’est le début de la guerre civile.


Les principaux acteurs du conflit

Depuis le début de la guerre civile en Syrie en 2011, différents acteurs s’affrontent aussi bien du point de vue idéologique que politique. En effet, la Syrie est depuis des années le théâtre de tensions entre le pouvoir en place qui représente une minorité de la population et règne par la terreur, et la majorité de la population qui aspire au changement. Le conflit actuel n’échappe pas à cette division et à ces tensions.

Bachar El-Assad et ses alliés

Le régime de Bachar El-Assad est soutenu par des milices pro-régimes comme les Force de défense nationale crées en 2012 (FDN, 90 000 combattants). Il peut également compter sur des milices venues du Liban, d’Iran ou encore d’Irak. Le mouvement le plus important est celui du Hezbollah libanais. Tous ces groupes sont chiites.
La plus grande puissance alliée du régime syrien dans la région est l’Iran. Cette puissance chiite a envoyé des milliers de combattant pour aider l’armée syrienne et a également fourni des conseillers militaires et de nombreuses aides économiques au régime.
La Russie est le principal allié de Bachar El-Assad hors du Proche Orient. Elle intervient militairement dans la région depuis le 30 septembre 2015, en lançant notamment des frappes contre les rebelles et les djihadistes. La Chine est également un allié diplomatique précieux pour le régime syrien.

L’opposition

Face au régime de Bachar El-Assad, on retrouve le Conseil National Syrien (CNS), plus généralement appelé « l’opposition ». Les opposants au pouvoir ont tenté de se rassembler pour former plusieurs groupes rebelles dans tout le pays et ils combattent aujourd’hui le pouvoir en place. Le CNS regroupe actuellement plus de 30 groupes d’opposants, dont les Frères Musulmans et les partis kurdes.
L’opposition est aidée par les grandes puissances sunnites de la région. En effet, des pays comme la Turquie, le Qatar, l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis, la Jordanie, le Bahreïn, le Maroc ou encore le Koweït aident certains groupes rebelles syriens dans leur lutte contre Bachar El-Assad. Du côté de la coalition internationale, l’opposition peut compter sur un soutien plus ou moins fort des États-Unis, de la France ou encore du Royaume-Uni. Mais ces puissances n’apportent pas une aide aussi décisive aux rebelles que ne le fait la Russie pour le régime.

Les groupes radicaux

A côté de ces deux grands groupes, on retrouve aussi des groupes sunnites islamistes radicaux. Parmi eux, figure les groupes djihadistes comme le Front Fatah al-Cham (anciennement rattaché à Al-Qaïda) et le groupe État Islamique qui souhaitent créer un seul pays à cheval entre l’Irak et la Syrie. Ils contrôlent aujourd’hui une grande partie du territoire syrien. Ces groupes radicaux sont devenus tristement célèbres à cause de leurs atrocités et de leurs actes terroristes fortement médiatisés. Cependant, il faut garder à l’esprit que la majorité des victimes du conflit est imputable au régime syrien.

 La multiplicité des acteurs explique la complexité de la crise syrienne et donc les difficultés à la résoudre.

Les conséquences

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Les réfugiés syriens représentent aujourd’hui la plus grande population de réfugiés au monde. Près de 5 millions de Syriens (un quart de la population du pays) ont déjà fui le conflit. La majorité d’entre eux se sont réfugiés dans des pays voisins comme la Turquie (2,8 millions de réfugiés syriens), le Liban, la Jordanie, l’Irak, l’Égypte et dans d’autres pays d’Afrique du Nord. De plus, cette année environ 700 000 personnes ont déjà risqué leur vie pour traverser la mer Méditerranée en direction de l’Europe. Enfin, l’ONU estime aujourd’hui à plus de 7,6 millions le nombre de Syriens déplacés à l’intérieur de leur pays.

 


Trois aspects mal connus de la crise des réfugiés

Une paix impossible à trouver

Le 10 septembre 2016, un accord de trêve est conclu par l’intermédiaire des États-Unis et de la Russie. Cette trêve entre en vigueur le lundi 12 septembre à 19 h (heure locale). Elle prévoit notamment l’acheminement de convois humanitaires vers les villes assiégées, dont Alep. La trêve est globalement respectée malgré quelques violations. Cependant, le 19 septembre, soit une semaine plus tard, l’armée syrienne annonce la reprise des combats à 19 h (heure locale) le jour même. La trêve a notamment été fragilisée par la dégradation des relations diplomatiques entre Moscou et Washington. Le soir du 19 septembre, un convoi humanitaire de l’ONU et du Croissant Rouge est bombardé par l’aviation russe près d’Alep, faisant 12 morts. Pour Stephen O’Brien, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU, cette attaque relève « du crime de guerre ».
Depuis la fin de la trêve, le régime syrien mène une offensive de grande ampleur pour reprendre Alep, avec l’aide de la Russie. Le 3 octobre, le plus grand hôpital du secteur rebelle de la ville est bombardé par l’aviation du régime. Washington suspend alors ses discussions avec Moscou sur un cessez-le-feu en Syrie. La situation s’enlise inévitablement, éloignant chaque jour un peu plus les espoirs de paix.

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